Inflation législative

C'est vrai que face à l'amoncellement et l'inflation de législations, les lois sont devenues ce qu'étaient les marks de la république de Weimar ou les dollars zimbabwéens : du papier sans importance.

Thursday, February 25, 2010 — 0 comments

Pour qui voter aux régionales en PACA ?

L'Hérétique m'a demandé pour quelle liste je comptais voter à l'occasion des élections régionales du mois prochain. S'il m'a fallu une bonne semaine de réflexion avant de répondre, c'est pour deux raisons principales. (EDIT 16/02/10 : Mathieu aussi m'avait tagué dans cette chaîne, mais je n'ai pas vu passer son billet. Toutes mes excuses !)

Premièrement, indiquer pour qui on vote à une élection par listes, ce n'est pas la même chose que pour la présidentielle, par exemple. Dans ce dernier cas, on se prononce certes pour un programme, mais aussi (surtout ?) pour  — voire contre — une vision, un tempérament, un style : bref, une personnalité.

Par contraste, voter pour une liste revient à voter pour un parti. Et voter pour un parti, quoi qu'on en dise, c'est faire, au moins ponctuellement, acte d'allégeance. J'ai horreur de ça. Attention, comprenons-nous bien : je n'ai pas horreur des partis en soi, au contraire. J'estime leur existence indispensable et leur bon fonctionnement vital à la vie démocratique. Mais dans une élection comme celle qui arrive, les états-majors ont constitué leurs listes parfois dans les conditions que l'on sait, et le scrutin proportionnel fait que passés les premiers noms, l'électeur ne sait pas vraiment qui il désigne pour le représenter. Il fait donc confiance, bon gré, mal gré, à la cuisine du parti de son choix.

Moi, j'aime savoir exactement pour qui je vote. Je fais comme tout le monde : je vote pour une tête de liste. Ben oui. Soyons honnête : liste ou pas, une élection repose toujours sur la capacité d'une tête d'affiche à mobiliser des gens autour d'un projet, d'une image... bref, d'un nom.

Ce qui nous amène à la seconde source de mes difficultés : le choix lui-même. J'habite à Marseille, et je vais donc voter dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Et dans cette région, après élimination des extrémistes de tout bord, qui reste-t-il ?

Le président de région sortant, Michelle Vauzelle (PS), représente à peu près tout ce qui plombe, à mon avis, l'avenir et la ligne politique de la gauche française : non à la constitution européenne, engagement de longue date auprès de l'association altermondialiste ATTAC, et bien sûr cumul des mandats et des privilèges. Pas franchement encourageant.

Côté UMP, le député Thierry Mariani (cumulard également, donc) considère le PACS comme un outil de régularisation des sans-papiers, et s'est fait une spécialité du dépôt d'amendements inconstitutionnels aux projets de loi sur l'immigration. Tests ADN pour le regroupement familial, atteintes au droit d'asile, délit de solidarité... À côté de Mariani, Besson passerait presque pour un modéré.

Pour qui voter alors ? Certainement pas pour Europe écologie : je n'aime ni les mono-maniaques ni les ex-gauchistes peints en vert. Et malgré mon respect pour les prises de position de Nicolas Dupont-Aignan sur les lois HADOPI et LOPPSI, je ne peux me résoudre à voter pour un parti souverainiste.

Reste donc le Modem, ou plutôt ce qu'il en reste. Mais même la tête de liste, l'ex-verte Catherine Levraud, ne donne pas l'impression d'avoir très envie d'y aller.

Je vous pose donc la question : dans ces conditions, vaut-il mieux voter blanc ou par défaut ?
Monday, February 15, 2010 — 14 comments

La censure chinoise en image

Source : Information is Beautiful via le site de la Fondapol

Pour info, la Chine aussi censure — pardon, filtre — au nom de la sécurité.

Thursday, February 11, 2010 — 2 comments

Quelle journée !

Ce jeudi 11 février est incroyablement chargé du point de vue de l'actualité. Pour faire bonne mesure, il faudrait parler :

- de l'Iran, où l'anniversaire du régime fournit à la dictature un prétexte supplémentaire pour oppresser son peuple, et qui a décidé de remplacer Gmail par un service maison ;

- de la Grèce, où, tandis que les États membres de l'Union se saignent aux quatre veines pour sauver leur voisin, on manifeste contre le plan d'austérité budgétaire du gouvernement (simple bêtise ou obscénité ?) ;

- de la France, où des députés aux ordres du gouvernement transforment une démocratie en cyber-État policier, dans l'indépendance quasi-générale de médias heureux qu'on les débarrasse de leur principale source de remise en question ;

- de la neige bien sûr, cause majeure (avec Internet, voir plus haut) selon TF1 de l'échec des soldes 2010, qui complique sérieusement la tâche d'un GIEC qui n'en avait pas franchement besoin ;

- et peut-être aussi de Google Buzz, plein de promesses mais où on discute pour l'instant surtout de... Google Buzz, et où vous pouvez me suivre si le coeur vous en chante ;-).

Pas évident... Mais mon info préférée est tombée dans la nuit d'hier à aujourd'hui : selon une étude du British Medical Research Council, la seconde cause (après le tabac) de maladie cardio-vasculaire serait... un quotient intellectuel trop bas ! Voilà qui remet au moins quatre des cinq news ci-dessus en perspective.
Thursday, February 11, 2010 — 0 comments

Georges Frêche a déjà gagné

Selon le Figaro, le Parti socialiste et Europe écologie ne feront finalement pas liste commune au premier tour des régionales en Languedoc-Roussillon.

Estimant n'avoir aucun intérêt à faire les frais du divorce en Frêche et la rue de Solférino, Europe écologie réclamait une position de tête de liste. Pour le PS, on le comprend, accéder à cette demande serait revenu à s'effacer symboliquement entre la liste de Georges Frêche et celle des écologistes.

Personne n'a donc cédé. Avec un peu de recul, on se rend compte que Frêche a très intelligemment réussi à se débarrasser dans sa région d'un parti qui ne lui servait plus à rien, surtout depuis son exclusion. Accord entre le PS et EE ou pas, il affaiblissait le PS et sortait gagnant.

S'il parvient à se faire réélire malgré (grâce à ?) l'ensemble de ses déclarations, il deviendra le baron de province ultime, assis sur son pouvoir régional, en autarcie politique totale.

Il y a quelque chose qui cloche dans la décentralisation...
Wednesday, February 10, 2010 — 8 comments

Fronde parlementaire

Prononcée par Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale et membre de l'UMP, la meilleure phrase que j'aie lue aujourd'hui a des allures de sursaut démocratique :

J'ai solennellement fait savoir au gouvernement que nous ne pouvions pas continuer à travailler ainsi, pour la qualité de la loi et la qualité du débat démocratique contradictoire.

Wednesday, February 10, 2010 — 0 comments

Une phrase qui fait réfléchir

[L]a France n’est pas les Etats-Unis. Sa responsabilité réduite dans la conduite des affaires du monde ne favorise pas l’émergence d’idéologies politiques à vocation universelle, si l’on excepte la persistance d’un droit- de-l’hommisme bien fatigué.
Luc Rosenzweig dans Causeur, pour démontrer la quasi-inexistence d'un mouvement néoconservateur à l'américaine en France.

 

Certes, il nous semble aujourd'hui que la France a perdu une part de sa vocation universelle en même temps que son influence dans les affaires du monde. Mais l'idéologie des pères fondateurs américains était déjà universelle par vocation à l'époque où leur pays n'était constitué que treize colonies à la survie incertaine.

Cette phrase de Luc Rosenzweig pose donc plusieurs questions, auxquelles je ne suis pas certain de pouvoir répondre :

- Toutes les idéologies n'ont elles pas, au moins à partir d'un certain niveau d'abstraction et par hypothèse, une vocation universelle ?

- Existe-t-il réellement un lien entre la responsabilité d'un pays "dans la conduite des affaires du monde" et la vocation universelle ou non des idéologies qui traversent sa vie intellectuelle ?

- Le courant néoconservateur existe-t-il uniquement parce que les États-Unis ont, du moins théoriquement, les moyens d'en appliquer les préceptes ?

- Si ce lien existe, la vocation universelle des idéologies représentées dans un pays diminue-t-elle de concert avec l'ampleur de ses responsabilités au plan international ?

- Constate-t-on une place prépondérante du relativisme culturel (à bien des égards, une idéologie diamétralement opposée au néoconservatisme) dans les pays de moindre influence sur la scène internationale ?

- Faut-il alors considérer que les pays les plus petits et/ou les moins influents sont généralement les plus "nombrilistes", ou est-ce l'inverse : plus un pays se replie sur lui-même, plus sa stature internationale diminue ?

- A contrario, est-il possible que la source de la montée en puissance des États-Unis au plan international se trouve précisément dans la vocation universelle de leur idéologie fondatrice ?

Wednesday, February 10, 2010 — 6 comments

Bravo à Vogelsong

Je ne suis généralement d'accord avec Vogelsong sur pratiquement rien, excepté deux choses : la musique, et ce qui suit.

Je voulais écrire un billet sur Ilham Moussaïd, la jeune femme dont la candidature aux élections régionales a commandé une indignation presque universelle au sein de la classe politique française, au simple motif qu'elle porte un voile islamique.

Mon objectif était de démontrer qu'au nom de la "laïcité" notre pays justifie une discrimination religieuse en fait et en droit sans précédent depuis la fin de la guerre d'Algérie ; qu'au nom du "féminisme" certains préconisent l'exclusion de la vie publique comme remède à une altérité qu'ils nomment, par facilité, aliénation.

Enfin, je voulais signaler qu'une démocratie dans laquelle un simple morceau de tissu peut provoquer de telles réactions a effectivement un gigantesque problème d'identité nationale, mais pas forcément celui qu'elle croit.

Tout cela, Vogelsong le fait avec un style, une concision et une finesse qui ne me font pas regretter de ne pas avoir écrit avant lui. Mais les réactions suscitées par son billet m'ont convaincu de la nécessité de lui exprimer ici non seulement mes félicitations pour sa clairvoyance, mais également mon soutien pour son courage.

Saturday, February 6, 2010 — 7 comments

Les vraies-fausses foules de la propagande berlusconienne

Soit Silvio Berlusconi a acquis en secret la maîtrise du clonage humain à grande échelle, soit il emploie des techniques de propagande à base de Photoshop dignes des régimes totalitaires...

Friday, February 5, 2010 — 2 comments

Le communautarisme n'existe pas

21. Tout le jargon sociétal sur les "communautés" et le combat aussi métaphysique que furieux entre "la République" et "les communautarismes", tout cela est une foutaise. Qu'on laisse les gens vivre comme ils veulent, ou ils peuvent, manger ce qu'ils ont l'habitude de manger, porter des turbans, des robes, des voiles, des minijupes ou des claquettes, se prosterner à toute heure devant des dieux fatigués, se photographier les uns les autres avec force courbettes ou parler des jargons pittoresques. Ce genre de "différences" n'ayant pas la moindre portée universelle, ni elles n'entravent la pensée, ni elles ne la soutiennent. Il n'y a donc aucune raison, ni de les respecter, ni de les vilipender. Que "l'Autre", - comme disent après Levinas les amateurs de théologie discrète et de morale portative - vive quelque peu autrement, voilà une constatation qui ne mange pas de pain.

22. Quant au fait que les animaux humains se regroupent par provenance, c'est une conséquence naturelle et inévitable des conditions le plus souvent misérables de leur arrivée. Il n'y a que le cousin, ou le compatriote de village, qui peut, volens nolens, vous accueillir au foyer de St Ouen l'Aumône. Que le chinois aille là où il y a déjà des Chinois, il faut être obtus pour s'en formaliser.

23. Le seul problème concernant ces "différences culturelles" et ces "communautés" n'est certes pas leur existence sociale, d'habitat, de travail, de famille ou d'école. C'est que leurs noms sont vains là où ce dont il est question est une vérité, qu'elle soit d'art, de science, d'amour ou, surtout, de politique. Que ma vie d'animal humain soit pétrie de particularités, c'est la loi des choses. Que les catégories de cette particularité se prétendent universelles, se prenant ainsi au sérieux du Sujet, voilà qui est régulièrement désastreux. Ce qui importe est la séparation des prédicats. Je peux faire des mathématiques en culotte de cheval jaune et je peux militer pour une politique soustraite à la "démocratie" électorale avec une chevelure de Rasta. Ni le théorème n'est jaune (ou non-jaune), ni le mot d'ordre qui nous rassemble n'a de tresses. Non plus d'ailleurs qu'il n'a d'absence de tresses.

Extrait d'un texte de 2004 signé Alain Badiou, qui a parfois raison, en réaction à l'interdiction du foulard islamique dans les écoles.

Hat tip : Jacques Rosselin, sur Twitter.

Thursday, February 4, 2010 — 2 comments