C'est vrai que face à l'amoncellement et l'inflation de législations, les lois sont devenues ce qu'étaient les marks de la république de Weimar ou les dollars zimbabwéens : du papier sans importance.
Inflation législative
Pour qui voter aux régionales en PACA ?
L'Hérétique m'a demandé pour quelle liste je comptais voter à l'occasion des élections régionales du mois prochain. S'il m'a fallu une bonne semaine de réflexion avant de répondre, c'est pour deux raisons principales. (EDIT 16/02/10 : Mathieu aussi m'avait tagué dans cette chaîne, mais je n'ai pas vu passer son billet. Toutes mes excuses !)
La censure chinoise en image
Pour info, la Chine aussi censure — pardon, filtre — au nom de la sécurité.
Quelle journée !
Ce jeudi 11 février est incroyablement chargé du point de vue de l'actualité. Pour faire bonne mesure, il faudrait parler :
Georges Frêche a déjà gagné
Fronde parlementaire
J'ai solennellement fait savoir au gouvernement que nous ne pouvions pas continuer à travailler ainsi, pour la qualité de la loi et la qualité du débat démocratique contradictoire.
Une phrase qui fait réfléchir
[L]a France n’est pas les Etats-Unis. Sa responsabilité réduite dans la conduite des affaires du monde ne favorise pas l’émergence d’idéologies politiques à vocation universelle, si l’on excepte la persistance d’un droit- de-l’hommisme bien fatigué.
Certes, il nous semble aujourd'hui que la France a perdu une part de sa vocation universelle en même temps que son influence dans les affaires du monde. Mais l'idéologie des pères fondateurs américains était déjà universelle par vocation à l'époque où leur pays n'était constitué que treize colonies à la survie incertaine.
Cette phrase de Luc Rosenzweig pose donc plusieurs questions, auxquelles je ne suis pas certain de pouvoir répondre :
- Toutes les idéologies n'ont elles pas, au moins à partir d'un certain niveau d'abstraction et par hypothèse, une vocation universelle ?
- Existe-t-il réellement un lien entre la responsabilité d'un pays "dans la conduite des affaires du monde" et la vocation universelle ou non des idéologies qui traversent sa vie intellectuelle ?
- Le courant néoconservateur existe-t-il uniquement parce que les États-Unis ont, du moins théoriquement, les moyens d'en appliquer les préceptes ?
- Si ce lien existe, la vocation universelle des idéologies représentées dans un pays diminue-t-elle de concert avec l'ampleur de ses responsabilités au plan international ?
- Constate-t-on une place prépondérante du relativisme culturel (à bien des égards, une idéologie diamétralement opposée au néoconservatisme) dans les pays de moindre influence sur la scène internationale ?
- Faut-il alors considérer que les pays les plus petits et/ou les moins influents sont généralement les plus "nombrilistes", ou est-ce l'inverse : plus un pays se replie sur lui-même, plus sa stature internationale diminue ?
- A contrario, est-il possible que la source de la montée en puissance des États-Unis au plan international se trouve précisément dans la vocation universelle de leur idéologie fondatrice ?
Bravo à Vogelsong
Je ne suis généralement d'accord avec Vogelsong sur pratiquement rien, excepté deux choses : la musique, et ce qui suit.
Je voulais écrire un billet sur Ilham Moussaïd, la jeune femme dont la candidature aux élections régionales a commandé une indignation presque universelle au sein de la classe politique française, au simple motif qu'elle porte un voile islamique.
Mon objectif était de démontrer qu'au nom de la "laïcité" notre pays justifie une discrimination religieuse en fait et en droit sans précédent depuis la fin de la guerre d'Algérie ; qu'au nom du "féminisme" certains préconisent l'exclusion de la vie publique comme remède à une altérité qu'ils nomment, par facilité, aliénation.
Enfin, je voulais signaler qu'une démocratie dans laquelle un simple morceau de tissu peut provoquer de telles réactions a effectivement un gigantesque problème d'identité nationale, mais pas forcément celui qu'elle croit.
Tout cela, Vogelsong le fait avec un style, une concision et une finesse qui ne me font pas regretter de ne pas avoir écrit avant lui. Mais les réactions suscitées par son billet m'ont convaincu de la nécessité de lui exprimer ici non seulement mes félicitations pour sa clairvoyance, mais également mon soutien pour son courage.
Les vraies-fausses foules de la propagande berlusconienne
Soit Silvio Berlusconi a acquis en secret la maîtrise du clonage humain à grande échelle, soit il emploie des techniques de propagande à base de Photoshop dignes des régimes totalitaires...
Le communautarisme n'existe pas
21. Tout le jargon sociétal sur les "communautés" et le combat aussi métaphysique que furieux entre "la République" et "les communautarismes", tout cela est une foutaise. Qu'on laisse les gens vivre comme ils veulent, ou ils peuvent, manger ce qu'ils ont l'habitude de manger, porter des turbans, des robes, des voiles, des minijupes ou des claquettes, se prosterner à toute heure devant des dieux fatigués, se photographier les uns les autres avec force courbettes ou parler des jargons pittoresques. Ce genre de "différences" n'ayant pas la moindre portée universelle, ni elles n'entravent la pensée, ni elles ne la soutiennent. Il n'y a donc aucune raison, ni de les respecter, ni de les vilipender. Que "l'Autre", - comme disent après Levinas les amateurs de théologie discrète et de morale portative - vive quelque peu autrement, voilà une constatation qui ne mange pas de pain.
22. Quant au fait que les animaux humains se regroupent par provenance, c'est une conséquence naturelle et inévitable des conditions le plus souvent misérables de leur arrivée. Il n'y a que le cousin, ou le compatriote de village, qui peut, volens nolens, vous accueillir au foyer de St Ouen l'Aumône. Que le chinois aille là où il y a déjà des Chinois, il faut être obtus pour s'en formaliser.
23. Le seul problème concernant ces "différences culturelles" et ces "communautés" n'est certes pas leur existence sociale, d'habitat, de travail, de famille ou d'école. C'est que leurs noms sont vains là où ce dont il est question est une vérité, qu'elle soit d'art, de science, d'amour ou, surtout, de politique. Que ma vie d'animal humain soit pétrie de particularités, c'est la loi des choses. Que les catégories de cette particularité se prétendent universelles, se prenant ainsi au sérieux du Sujet, voilà qui est régulièrement désastreux. Ce qui importe est la séparation des prédicats. Je peux faire des mathématiques en culotte de cheval jaune et je peux militer pour une politique soustraite à la "démocratie" électorale avec une chevelure de Rasta. Ni le théorème n'est jaune (ou non-jaune), ni le mot d'ordre qui nous rassemble n'a de tresses. Non plus d'ailleurs qu'il n'a d'absence de tresses.
Extrait d'un texte de 2004 signé Alain Badiou, qui a parfois raison, en réaction à l'interdiction du foulard islamique dans les écoles.
Hat tip : Jacques Rosselin, sur Twitter.


