Je suis peut-être un grand naïf, mais la différence de traitement de l'information entre la presse française et les publications étrangères n'a jamais cessé de m'étonner. Même lorsque le sujet de l'article relève du domaine factuel le plus aride, je suis souvent frappé par les efforts de "contextualisation" auxquels se livrent, parfois sans même s'en rendre compte, nos journalistes.
Offert par Mashable en illustration d'un intéressant article sur la place de WikiLeaks dans la "fabrication de l'info", ce diagramme décrypte bien l'interdépendance et les relations entre le nouveau "whistleblower" et les "anciens médias" :
Pour aller plus loin : un papier publié dans la prestigieuse Columbia Journalism Review sur l'histoire de la fuite des "Afghanistan Logs".
Les marges élevées que les journaux ont réalisées dans le passé étaient basées sur une rareté artificielle : un choix limité pour les annonceurs comme pour les lecteurs. Avec Internet, cette rareté a été retirée et remplacée par l'abondance. Aucune proposition politique ne pourra ramener le chiffre d'affaires des journaux à ce qu'il était avant l'émergence de l'information en ligne. Il ne s'agit pas d'opposer des dollars analogiques à des centimes numériques, mais plutôt de comprendre de façon réaliste la façon de gagner de l'argent dans un monde d'abondance de concurrence et de choix pour le consommateur.
Les défis auxquels l'industrie de l'information fait actuellement face sont des problems commerciaux, non pas juridiques, et ne peuvent être traités de façon efficace qu'avec des solutions commerciales. Les propositions de régulation qui remettent en cause le fonctionnement de marchés en bonne santé et empêchent la marche du changement ne sont pas la solution.
Le modèle économique du Huffington Post ? La gratuité et la publicité. Mais une publicité bâtie autour de la mise en scène de l’information. Chaque sujet de conversation devient un média à part entière et organise les contenus autour des communautés qui s’y intéressent. C’est ce qu’ils appellent les Big News Pages.
Collègues blogueurs, attention : votre style trahit votre personnalité !
C'est ce qu'il faut conclure d'une étude menée par le chercheur Tal Yarkoni, selon le blog de la respectable British Psychological Society :
Certains commentateurs ont suggéré qu'Internet permet aux gens de présenter des versions idéalisées d'eux-mêmes au monde. Contrairement à cette idée, Yarkoni a remarqué que le choix de mots des blogueurs était lié de façon régulière à leur type de personnalité, en accord avec les conclusions de recherches passées concernant les médias hors ligne.
Les blogueurs les plus névrotiques utilisent plus de mots associés aux émotions négatives ; les blogueurs extravertis utilisent plus de mots liés aux émotions positives ; ceux ayant obtenu les meilleurs résultats en termes de courtoisie évitent les jurons et utilisent plus de mots en relation avec la communalité ; et les blogueurs scrupuleux mentionnent plus de mots marqués par le souci de réussir.
À méditer…
(via Marginal Revolution)
Le journalisme se déconsidère, quand il se convertit sans retenue aux méthodes des pirates de l'internet, qu'il dénonçait jusqu'alors. Ces dérives peuvent consister à lancer impunément sur le réseau, au mieux des images ou des conversations volées, au pire des accusations ad hominem dénuées de preuves. Or ces procédés sont ceux qu'utilise le site Médiapart, dirigé par Edwy Plenel, avec l'approbation tacite d'une large partie de la profession qui croit y voir un travail "de terrain".
[L]e journalisme est en train de mourir à cause (a) de la concurrence de la blogosphère et (b) de l'inexplicable et chaque jour plus grande lâcheté des médias de masse face au pouvoir établi. Mais peut-être que le (b) est explicable par le (a). Les reporters s'accrochent à leurs relations privilégiées avec les sources parce que c'est tout ce qu'ils ont. C'est ce qui les distingue de ces poltrons d'arrivistes sur Internet. En s'accrochant et en préférant la déférence au véritable reportage, ils deviennent bien sûr inutiles à leur audience. Pire qu'inutiles, en réalité. Cela renforce leurs adversaires, les blogueurs. Et du coup ils s'accrochent encore plus.
L'éthique journalistique et conversationnelle de provenance que j'ai apprise en particulier sur les blogs est qu'il faut établir des liens vers ses sources...
- Pour que je montre mon travail et que vous puissiez le juger et le comprendre ainsi.
- Pour que le lecteur puisse juger mes sources : "Ne me croyez pas sur parole", dit le lien, "cliquez et voyez pour vous-même".
- Pour que le lecteur puisse creuser plus avant ; la provenance est aussi un service.
- Pour que la source reçoive du crédit.
- Pour que la source puisse trouver de la valeur dans l'audience que je lui envoie, par de la publicité ou des relations ou comme elle le souhaite (si la source est plus intelligente que Rupert Murdoch et comprend qu'il y a de la valeur à ce que les gens cliquent pour venir).
- Pour que nous puissions ainsi soutenir le journalisme original. (C'est l'une des raisons pour lesquelles Google News recherche maintenant des citations pour trouver l'originateur d'une information : pour nous donner une meilleure source et donner à la source un meilleur soutien.)
- Pour que le journaliste prouve qu'il a ajouté un vrai travail de reportage et une vraie valeur plutôt que d'avoir simplement réécrit des communiqués de presse.
- Pour que l'entreprise de médias puisse économiser de l'argent et utiliser des journalistes pour du travail de plus grande valeur (faites ce que vous faites le mieux et faites des liens pour le reste).
- Pour que l'entreprise de médias puisse économiser de l'argent par la collaboration.
- Pour que chacun prenne ses responsabilités. J'aurai plus confiance en ce que je lis si je sais qui le dit ; l'anonymat dévalue la confiance — pour la source qui se cache derrière et pour le journaliste qui choisit cette solution de facilité.
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