Les apéros Facebook, ça mérite bien une loi

La loi, c'est un peu le Gibolin de notre république : ça guérit tous les maux, c'est bien connu. C'est en tout cas ce qu'a dû se dire le député UMP Marc Le Fur, qui aimerait soumettre les apéros Facebook au même régime déclaratif que les rave parties. Plus précisément, sa proposition de loi vise à "réglementer les rassemblements festifs organisés par le biais d’Internet".

 C'est beau comme l'antique. Numérama rapporte :

Le texte de Marc Le Fur propose de modifier le texte d'une loi de 1995 qui visait jusque là l'organisation des "rave-parties". L'article 23-1 de la loi du 21 janvier 1995 modifié disposerait ainsi que "les rassemblements exclusivement festifs à caractère musical ou organisés par le biais d'internet" doivent faire l'objet d'une déclaration à la préfecture, qui "mentionne les mesures envisagées pour garantir la sécurité, la salubrité, l'hygiène et la tranquillité publiques". Le préfet aurait alors la possibilité d'imposer certaines mesures, ou pourrait même "interdire le rassemblement projeté si celui-ci est de nature à troubler gravement l'ordre public ou si, en dépit d'une mise en demeure préalable adressée à l'organisateur, les mesures prises par celui-ci pour assurer le bon déroulement du rassemblement sont insuffisantes".

Neutralité du net, quand tu nous tiens... 

EDIT : @graoum rappelle sur Twitter qu'une proposition de loi a déjà été déposée par les députés UMP Goujon, Lamour, Goasguen et Tibéri afin de soumettre les apéros Facebook au régime déclaratif des manifestations publiques. Gibolinez, gibolinez, il en restera toujours quelque chose !
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Clause anti-racisme

Le contrat récemment signé par l'international espagnol David Villa, transféré du FC Valence au FC Barcelone pour 40 petits millions d'euros, comporterait une "clause anti-racisme", selon SoFoot :

Le joueur n’exprimera sous quelque forme que ce soit des idées ou actes discriminatoires, lors d’un match ou lors des obligations liées au club. Le club condamnera avec force tout acte discriminatoire ou raciste conformément à cet accord.

Première impression : excellente idée. Rien ne contraint mieux un joueur qu'une clause contractuelle bien ficelée. De plus, l'atteinte à la liberté d'expression du salarié se justifie par le souci de préserver l'image du club, son employeur.

Retour sur terre : apparemment, la clause ne contient aucun élément de sanction. À moins que la clause ne soit citée que partiellement ou qu'elle soit suivie d'une clause pénale non reprise ici, la seule sanction prévue par le contrat au cas où David Villa venait à tenir des propos racistes est la "condamnation avec force" par le FC Barcelone.

Sanctionner la tenue de propos racistes d'une amende fixée contractuellement aurait constitué une initiative certes discutable sur le fond (notamment parce qu'elle aurait fait doublon avec la loi), mais en tout cas franchement intéressante.

En revanche, le Barça n'avait pas besoin d'un aménagement contractuel pour s'arroger le droit de condamner une déclaration raciste. Sauf à vouloir s'offrir un coup de pub politiquement correct à peu de frais, bien sûr.
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Lapsus judiciaire

Extrait du témoignage d'un trader de la Société générale, collègue et ami (l'histoire ne dit pas s'il l'est toujours) de Jérôme Kerviel :

On en vient au débat essentiel sur les “limites” dans lesquelles chaque trader pouvait agir qui a occupé toute la deuxième journée d’audience, mercredi 9 juin.

- [Le trader :] On en a énormément maintenant. 

- Maintenant ? relève le président.

Source : les Chroniques judiciaires de Pascale Robert Diard. 
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Quelques mots sur la modération/fermeture des commentaires #flottille

Éric Mettout vient de signer un billet très intéressant sur le dilemme qui occupe des salles de rédaction à l'approche du week-end : faut-il fermer les commentaires sous les billets traitant de l'épisode de la “flottille de la liberté” ?

Comme l'explique Éric, la modération représente déjà sur ce genre de sujets “chauds” un boulot monstre pendant la semaine ; le week-end, quand seuls les journalistes “de garde” sont présents, ça devient carrément ingérable. Éric expose également de façon exhaustive les différents arguments pour et contre la modération en général et la fermeture des commentaires en particulier.

J'aimerais, pour ma part, apporter un éclairage différent, sous forme de questionnement : le problème se poserait-il de la même façon si les sites d'info n'étaient pas pour ainsi dire obligés de modérer les commentaires ?

En effet, la question de la modération ou non des commentaires a beau alimenter des débats aussi riches qu'interminables au sein des salles de rédaction et de la blogosphère, le législateur l'a déjà doublement réglée :

  1. Dans la LCEN, qui incite puissamment l'éditeur du site à modérer les commentaires au moins a posteriori, au risque d'être condamné en lieu et place d'un commentateur diffamateur ou insultant ; et

  2. Par le décret du 29 octobre 2009, qui inclut (entre autres) la modération des commentaires parmi les critères requis pour bénéficier du régime des publications et agences de presse.

Le problème est donc, au fond, d'ordre purement juridique : soit vous laissez les commentaires ouverts, et vous courrez alors le risque, pour cause de sous-effectif, de vous faire condamner ou pire, de perdre votre statut (et tout ce qui va avec en termes d'avantages fiscaux et de subventions) ; soit vous décidez que le jeu n'en vaut pas la chandelle et vous ne prenez aucun risque, en fermant les commentaires le week-end. Il y a fort à parier que la grande majorité des patrons de presse en ligne feront le choix de la prudence.

Sans l'incidence de ce facteur risque, la question se poserait-elle de la même manière et avec autant d'insistance ? Se poserait-elle tout court ?

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"HADOPI a un effet dissuasif"

Le pire argument que l'on pouvait trouver en défense d'hadopi, sorti par... le ministère de la culture :

L'étude à laquelle la question fait référence, produite par le laboratoire de recherches M@rsouin, est basée sur les résultats d'une enquête menée par téléphone fin décembre 2009 auprès de 2 000 personnes, représentatives de la région Bretagne. Elle met à jour un résultat positif puisque 15 % des internautes qui utilisaient les réseaux de pair à pair déclarent avoir cessé de télécharger sur ces réseaux. L'adoption des lois Création et Internet, qui ont institué la Haute Autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur Internet (HADOPI), a donc d'ores et déjà eu un effet dissuasif significatif, alors même que la Haute Autorité n'est pas encore pleinement opérationnelle, puisque l'envoi des premiers messages d'avertissements est prévue d'ici l'été.

Autrement dit : OK, hadopi est mal pensée et mal écrite, mais elle a au moins le mérite de faire peur. Même si c'était vrai (ce dont il est largement permis de douter), ce serait inacceptable : avant d'être l'outil de tel ou tel activisme, la loi doit rester un instrument de justice.

Quel cynisme...
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ACTA, Hadopi et la place de l'art dans la société

Deux réflexions intéressantes sur le rapport entre la création artistique et la place de l'homme dans la société :

La première de Bryan Caplan (via Robin Hanson) :

Vous pourriez dire : "La science s'occupe de vérité, et l'art de créativité, donc la science a des limites finies, mais pas l'art." Mais ce qui est "utile" est-il plutôt "vrai" ou "intéressant" ? Ainsi, même à science constante, nous pourrions créer des applications nouvelles à l'infini. Une fois ce chemin emprunté, ceci dit, il est difficile de voir pourquoi les questions scientifiques — par opposition aux réponses — seraient particulièrement moins ouvertes que les visions artistiques.

La seconde, en guise de (début de) contrepoint, de Philippe Sollers (via Scheiro) :

Dans le domaine de l’Art, il semble que la ‘’socio-manie’’ a produit un effet un peu pervers : elle a réduit l’Art à un affairement culturel autour de lui-même, aux dépens de la valorisation de ses contenus. Et en astreignant les artistes à n’être souvent que les installateurs d’événements passagers, souvent subventionnés, elle a réduit leur rôle à celui d’animateurs culturels ‘’contemporains’’, témoins nécessaires et suffisants de leur environnement social. Je me demande s’il n’y a pas là la persistance à exister d’une vieille théorie du reflet, maintenue sous perfusion par le passage d’un réalisme socialiste à un réalisme socio-maniaque endiablé par la marchandise. Et affirmer que les artistes expriment nécessairement le collectif, expriment la société, la font ressentir, n’est peut-être qu’une façon de se soumettre à cette théorie.

Sans aller jusqu'à qualifier Caplan de collecitiviste (!), on fera remarquer que presonne, même pas les libéraux, n'est à l'abri de ce que Sollers décrit comme une "sociologie permanente", qu'il qualifie de "socio-manie" : cette tendance — profondément humaine — à placer sous l'angle social, ou sociologique, des activités ou des concepts qui relèvent essentiellement de la sphère individuelle.

Si la science se prête assez facilement à ce raccourci conceptuel (en ce qu'elle sert, au moins retrospectivement, un progrès dont tous sont appelés à profiter), l'art et la création y échappent assez largement, et doivent continuer d'y échapper pour demeurer libres.

C'est pour cette raison que le droit d'auteur doit rester autant que faire ce peut un droit individuel. Qu'il s'éloigne de cette idée et, protégeant non plus la propriété littéraire et artistique de l'artiste mais les intérêts (souvent mal perçus) d'une corporation ou d'une industrie, il devient non plus un facteur d'émancipation artistique mais un frein à la liberté créatrice. Ainsi, la logique présidant entre autres à loi hadopi ou au traité ACTA n'est pas seulement moralement injuste ou juridiquement invalide mais conceptuellement aberrante.
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Anonymat des blogueurs : pourquoi il est inutile de changer la loi

Chacun, ou presque, s'accorde à penser que la proposition de loi du sénateur Jean-Louis Masson fait obstruction à l'exercice le plus élémentaire de la liberté d'expression. Mais, comme le faisait justement remarquer Alain Lambert sur Twitter, personne n'a pris la peine d'expliquer pourquoi cette proposition de loi, outre qu'elle est liberticide, est inutile.

La démonstration est pourtant assez simple à mener. Allons-y.

La loi sur la confiance dans l'économie numérique dispose, en son article 6, paragraphe II :

II.-Les personnes mentionnées aux 1 et 2 du I [NdR : les prestataires techniques] détiennent et conservent les données de nature à permettre l'identification de quiconque a contribué à la création du contenu ou de l'un des contenus des services dont elles sont prestataires.

(...)

L'autorité judiciaire peut requérir communication auprès des prestataires mentionnés aux 1 et 2 du I des données mentionnées au premier alinéa.

Autrement dit, sous l'empire de la loi existante, il est déjà, en théorie, interdit au blogueur d'être réellement anonyme : dès lors que son hébergeur est soumis à une obligation de collecte et de conservation des informations d'identification du blogueur, ce dernier est contraint, par ricochet, de fournir ces informations — et d'une façon qui retranscrive fidèlement la réalité.

Le droit à l'anonymat, on l'a assez répété, découle directement de l'exercice de la liberté d'expression. Mais aucun droit n'est absolu. C'est pourquoi la LCEN a pris soin de garantir aux auteurs un certain degré d'anonymat : tout se joue dans l'équilibre nécessaire entre une tradition ancrée dans la pratique litéraire* et l'exigence au moins aussi ancienne de fixer des limites à la liberté d'expression.

Ainsi, la procédure est la suivante : saisi par un tiers d'une demande de retrait d'un contenu manifestement illicite, l'hébergeur doit en principe retirer ce contenu. Mais si toutefois, ce dernier ne s'exécutant pas, le tiers devait en passer par la voie judiciaire pour arriver à ses fins, le juge peut contraindre l'hébergeur à révéler l'identité du blogueur, qui peut donc être poursuivi en son nom propre.

On ne peut pas dire que cette loi soit appliquée avec légèreté, loin s'en faut. Alors pourquoi la changer ?

*Comme le rappelle Jules, il est de jurisprudence constante que « les usages les plus anciens en matière de presse, et le principe même de la liberté d’expression proclamé par la loi du 29 juillet 1881, conduisent à admettre la pratique du nom de plume, du pseudonyme, de la signature par initiales ou de l’anonymat ».
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Nouvel imbroglio du côté de l'HADOPI (2)

Comique de répétition :

French Data Network et la Quadrature du Net ont déposé aujourd’hui un recours devant le Conseil d’Etat pour demander l’annulation du décret 2010-236 du 5 mars 2010 (...).

En effet, ils estiment que ce décret "est entaché d’un vice de forme puisque le Gouvernement a omis de consulter l’ARCEP, et ce alors que la loi le lui impose conformément à l’article L.36-5 du Code des postes et communications électroniques".


(Source : David Taté)
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Quelques liens de droit des NTIC

  • Jeff Jarvis : pour ne pas apparaître comme une menace pour notre vie privée, Facebook pourrait se poser en champion de sa protection.
  • Ars Technica : l'iPhone aurait-il pu exister si la neutralité du net avait été assurée ?
  • Robert X. Cringely répond aux allégations selon lesquelles la neutralité du net serait une menace pour l'emploi.
  • Mashable : Twitter retire un tweet après une demande basée sur le DMCA.
  • David Taté : le Conseil national des barreaux veut réglementer les noms de domaine des avocats.
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