Comment Twitter devient un "réseau d'information"

Pas vraiment réseau social, mais plus du tout "microblog", Twitter devient petit à petit ce que son fondateur appelle un "réseau d'information".

Au cours d'un incroyable mois de novembre, qui a vu l'apparition de pas moins de cinq nouvelles fonctions, Twitter a renforcé sa spécificité parmi les innombrables services du Web 2.0 : sur Facebook, "l'objet social", c'est l'utilisateur ; sur Flickr, c'est la photo ; sur Twitter, on peut à présent l'affirmer avec certitude, c'est l'information.

- 30 octobre : les listes ; 5 novembre : les retweets

À une semaine d'intervalle, Twitter a annoncé ces deux fonctions, qui rappellent certains des points forts de Friendfeed.

Avec les listes, il devient possible de regrouper ses amis en autant de groupes que nécessaire pour continuer à y voir clair (en créant des listes privées), mais aussi de créer des listes thématiques permettant à ses amis de découvrir rapidement de nouveaux utilisateurs (avec les listes publiques). Voir par exemple la liste des journalistes du New York Times ; celle des "intellos" de Twitter ; ou encore les 150 bonnes sources de Narvic.

Comme les "replies", le "retweeting" (republier, en le citant, un message envoyé par un de vos followers) est une fonction née de l'usage, c'est-à-dire littéralement inventée par les utilisateurs de Twitter. En l'intégrant au fonctionnement du service, Twitter résout d'un coup tous les problèmes liés au retweeting : attribution du tweet à son premier auteur, citations tronquées, citations en chaîne devraient disparaître progressivement, au fur et à mesure que les retweets "natifs" remplacent les citations "manuelles".

- 10 novembre : l'intégration avec LinkedIn

Difficile de dire si cette annonce vise surtout à relancer un réseau en perte de vitesse par rapport à Facebook, LinkedIn, ou à étendre la sphère d'influence de Twitter dans le monde professionnel face à... Facebook.

Peut-être un peu des deux. En tout cas, LinkedIn prend un coup de jeune assez bienvenu, et Twitter met un pied dans le monde professionnel. Mon petit doigt me dit que ce n'est qu'un début : si de nombreuses entreprises voient encore les réseaux sociaux comme un obstacle à la productivité (probablement à tort), aucune ne peut décemment en dire autant d'un réseau d'information.

- 19 novembre : la géolocalisation et Twitter en français

Depuis avant-hier, Twitter permet aux applications mobiles (comme Twitterrific, Tweetie ou encore TweetDeck) d'inclure dans chaque tweet des données de géolocalisation acquises par GPS. En retour, il devient possible, avec ces applications, suivre vos amis sur une carte ou de retrouver ceux qui sont proches de vous. Cette fonctionnalité est l'élément distinctif d'un service de plus en plus populaire parmi les "early adopters" : Foursquare. En l'offrant nativement à ses utilisateurs, Twitter fait d'une pierre deux coups : il surfe sur la vague du "local web" et, en même temps, fait apparaître Foursquare comme un service simplement accessoire (d'ailleurs, le billet placé en lien ci-dessus décrit Foursquare comme une simple "application pour Twitter").

L'autre aspect du local web, c'est évidemment l'ouverture aux langues étrangères. Certes, à peu près tout le monde parle l'anglais très rudimentaire nécessaire à l'utilisation de Twitter. Mais pour réellement exister à l'international, ainsi que pour évacuer certaines questions d'ordre déontologique, il est évidemment indispensable de parler la langue maternelle de ses utilisateurs.

Pour ses besoins de traduction, Twitter a fait appel aux compétences de ses propres utilisateurs, à l'instar de Facebook. Le résultat, très satisfaisant, était déjà disponible pour les hispanophones. Depuis jeudi soir, c'est également le cas pour les francophones. Si le site n'est pas encore traduit dans son intégralité, les éléments les plus importants sont présents : inscription, navigation, paramètres, et... liste d'utilisateurs suggérés, dont votre serviteur, qui a également pris part au travail de traduction, a la chance de faire partie.

À en juger par la fréquence à laquelle je reçois les e-mails de notification de nouveaux followers, la décision de traduire Twitter en français est pleinement justifiée : entre jeudi soir et l'heure où j'écris ces lignes (samedi, 14h), mon nombre "d'abonnés" (puisque telle est la traduction de "followers") a littéralement doublé.

- 20 novembre : bientôt, la pub sur Twitter

La dernière annonce en date est probablement la plus importante : hier, lors de la conférence "RealTime CrunchUp" à San Francisco, le directeur général (COO) de Twitter, Dick Costolo, a révélé l'apparition prochaine d'un modèle de publicité pour Twitter "prêt dans dans le futur proche, et disponible pour nos partenaires".

On ne connaît pas encore la forme ni les modalités de ce modèle (même si certains se risquent déjà à des pronostiques), mais d'après Costolo : "Ce sera fascinant. Non-traditionnel. Et les gens vont adorer... Ça va être très cool."

Wait and see, donc. Quoi qu'il en soit, Twitter semble avoir autant grandi en une vingtaine de jours qu'au cours de ses trois ans et demi d'existence. Pas forcément en terme d'audience : la fréquentation du site a même un peu chuté en octobre. Mais en termes de maturité, cela ne fait aucun doute : en s'affirmant comme un réseau d'information, et en confirmant cette affirmation dans les faits, ce qui n'était à ses débuts qu'un simple "side project" a confirmé sa place centrale dans l'économie du lien.

Saturday, November 21, 2009 — 12 comments
Nov 21, 2009
leblase said...
D'accord pour les boutons comme retweet (que tout le monde avait déjà sur Hootsuite ou autres applis), ou les listes, qui peuvent être utiles en termes d'informations, mais la geolocalisation risque au contraire de détourner plusieurs informateurs(je pense aux manifestants iraniens, aux intervenants en direct dans une action violente ou subversive).
Twitter devrait se pencher plus sérieusement sur d'autres boutons/fonctions
Nov 21, 2009
Rubin Sfadj said...
N'oublions pas que la géolocalisation reste optionnelle, et surtout désactivée par défaut. Sur la question des "boutons", il est également important de conserver la simplicité qui a fait le succès du service par rapport à ses (anciens) concurrents comme Jaiku ou Friendfeed.
Nov 21, 2009
leblase said...
Rubin, je suis d'accord: mais plutot que de mettre en avant des fonctionnalités désactivables (donc par défaut non essentielles;-) pourquoi pas un bouton "réponses à plusieurs" ou un lien de citation (pas un bit-ly)?
Nov 22, 2009
leprivilegie said...
J'ai toujours beaucoup de mal avec Twitter, même si je twitte un peu malgré tout.

Je trouve toujours qu'il correspond à un usage d'internet très particulier, de personnes ayant les moyens de se payer un téléphone incluant la fonction, ou de personnes étant assises devant leur PC toute la journée.

Il y a donc des améliorations à faire avant que ce service devienne réellement efficace pour le commun des mortels.

Nov 22, 2009
Rubin Sfadj said...
@leprivilegie : "les personnes ayant les moyens de se payer un téléphone incluant la fonction", ça commence à faire beaucoup de monde, tu ne trouves pas ?
Nov 22, 2009
leprivilegie said...
Ben, pas moi, en tout cas. Vu mes revenus, comme je suis dans la partie privilégiée de la population, je pense que beaucoup de monde ne peut se payer ces gadgets.
Nov 22, 2009
Rubin Sfadj said...
Tes décisions d'allocation budgétaire ne regardent que toi ;-) Moi ce que je constate, c'est que de plus en plus de gens se baladent dans la rue avec iPhones et des Blackberry. Tous n'ont pas l'air de milliardaires !
Nov 23, 2009
leprivilegie said...
Milliardaire, non. Classes moyennes supérieures, oui.
Dec 01, 2009
afaucher2001 said...
Twitter résout d'un coup tous les problèmes liés au retweeting == > pas d'accord car 1 - inexistant en francais et 2 - pas de possibilité de commenter
Dec 01, 2009
Rubin Sfadj said...
@leprivilegie : tu ergotes !

@afaucher2001 : 1 - je ne savais pas ; mais ça va venir. 2 - il fallait choisir entre commentaires et intégrité du message ; le choix n'est pas le plus mauvais.

Dec 01, 2009
leprivilegie said...
C'est tout ce que tu réponds ? Un blackberry coûte une somme conséquente, et un iphone encore davantage. ll faut bien admettre que tout le monde ne peut pas se payer ce luxe. J'attends la baisse des prix...
Dec 02, 2009
Rubin Sfadj said...
C'est une question de priorités. Pour ceux qui attendaient ces produits avec impatience, la démocratisation est bien réelle.
 
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