La haine à l’état brut
Publié : 25 juillet 2011 Filed under: Non classé 5 Commentaires »On n’est pas aidé. Déjà qu’en ce moment j’ai du mal à écrire, si en plus les machines se liguent contre moi…
Enfin, “les machines” : une machine, mon Mac. J’avais écrit, hier soir, un billet d’environ mille mots sur la tragédie norvégienne (l’attentat de samedi, pas la candidature d’Eva Joly), mais mon MacBook Pro l’a littéralement bouffé. D’ailleurs, quelqu’un de chez Apple doit me rappeler cet après-midi pour essayer de comprendre ensemble ce qui s’est passé.
J’étais content de ce billet — le premier depuis deux semaines. Un mouvement de la main sur mon trackpad a suffi à le détruire à jamais. (Si si. Je pense avoir découvert un bug majeur dans la dernière version de Pages, le traitement de textes d’Apple.)
Mais bon, ce sont des choses qui arrivent. Plutôt que de réécrire ou de reproduire mon texte de mémoire, je vais essayer de le synthétiser.
L’objectif, donc, c’était de réagir à la masse de réactions (réagir à des réactions, grande spécialité du blogueur) cherchant à extraire de l’attentat norvégien toute une foule “d’enseignements” qui ont plus à voir avec les névroses et les agendas de chaque commentateur qu’avec la réalité elle-même.
J’en ai même vu, sur Twitter, se féliciter que l’auteur du massacre soit chrétien et de droite plutôt que laïc et de gauche. (Quelques liens sur Google+.) Les cons, comme disait l’autre, ça ose tout.
Évidemment, la connerie ne suffit jamais à expliquer ce genre de phénomène quasi-surnaturel. Pour franchir aussi allègrement le mur du son, il faut y trouver un intérêt puissant. Comprenez, un intérêt qui va bien au-delà de la classique masturbation intellectuelle consistant à prendre la réalité et à la tordre avec nos petits doigts boudinés jusqu’à ce qu’elle épouse parfaitement les contours de nos propres délires personnels — pardon, de nos convictions intimes.
Pour identifier cet intérêt supérieur, il est nécessaire de réaliser qu’il n’existe pas de façon de mourir plus absurde que dans un attentat terroriste. Mourir dans un attentat, c’est mourir parce que vous avez croisé le chemin d’une personne qui est arrivée à la conclusion que pour faire avancer sa cause, il lui faut faire un maximum de victimes. Au moins celui qui meurt écrasé par un piano en pleine rue peut-il s’en prendre aux lois de la physique ; le soldat tombé au combat, au cynisme des gouvernements ; le grand malade, aux limites de la médecine. Mais la victime du terrorisme — et surtout sa famille endeuillée — n’a rien à quoi se raccrocher, sinon à la haine du tueur ou de ce qu’il représente.
C’est d’ailleurs pour cette raison que le terrorisme ne peut être efficacement combattu qu’en ne décollant jamais de la pure analyse factuelle : mode opératoire du ou des terroriste(s), réseau sous-jacent ou pas, éventuelles failles de sécurité, etc. Il est vital de s’en tenir aux faits.
Toutes les pseudo-analyses sur les liens entre pauvreté, fanatisme et violence passent complètement à côté du sujet parce qu’elles ignorent la nature profonde de l’attentat terroriste. La nouvelle d’un attentat comme celui de samedi nous renvoie à la peur la plus profondément ancrée en chaque être humain : pas seulement la peur de la mort, mais la peur d’une mort soudaine, violente et gratuite. Le terrorisme est l’ivresse de cette peur, de cette mort. Il est la haine à l’état brut.
Un tel constat est si dévastateur que chacun le camoufle comme il peut : les comiques font de l’humour, les géopolitologues d’opérette se couvrent de ridicule (une “leçon”, non mais quelle indécence…), les experts expertisent, les moralistes moralisent, et les gratte-papier grattent (la preuve). Le silence est intolérable, parce qu’il nous renvoie à la seule vérité indiscutable de la situation : qu’une centaine d’êtres humains sont morts pour rien, et que cela pourrait nous arriver demain pour la simple et bonne raison que la vie ne tient qu’à ça.
Cela suffit-il à excuser la bêtise des uns et la récupération des autres ? Bien sûr que non. Mais ça offre un début d’explication. Par les temps qui courent, c’est déjà ça.
Pourquoi se fixer sur les faits, le mode opératoire, les failles de sécurité ? C’est le détail, ça. Un détail intéressant pour la police, mais pour nous autres ? J’ai bien aimé cet article publié ce matin et qui évite justement le détail : http://hyperbate.fr/dernier/?p=17021
Relisez la phrase.
Il ne me semble pas avoir mal lu. Avoir une réflexion sur ce qui a amené une situation n’est pas une idiotie, on ne devrait pas avoir à expliquer ça à un avocat.
salut, très bon billet. Il me semble que si cet horrible carnage renvoie à la peur de la mort, mais il renvoie aussi à l’idée du Mal, que nos sociétés ont un peu tendance à oublier (à moitié par angélisme, à moitié par confort). Le Mal fait partie de l’humain ; il en a toujours été ainsi. Ce crime affreux repose, comme toute violence, la question du mal : comment le combattre sans nier son existence ?
J’ai tendance a voir ce qui s’est passé en Norvège plus comme l’acte d’un taré (comme les _américains en ont connu beaucoup) qu’un attentat terroriste dont on pourrait tirer des conclusions politiques.Il faut en profiter pour afflaiblir l’extrême droite, mais honnêtement, ce taré aurait probablement trouvé d’autre raisons pour tuer des gens en d’autre circonstances.J’ai l’inpression qu’il s’est tout bonnement trouvé des excuses pour planiifer sa tuerie.