Retour sur le dîner avec Éric Besson
Publié : 4 mars 2011 Filed under: Non classé Laisser un commentaire »Avec huit jours de retard, je sais. J’ai deux bonnes excuses : d’abord, je viens de boucler une semaine (très) bien remplie ; et ensuite, s’il faut être totalement honnête, j’avais du mal à écrire ce billet.
Pas vraiment à l’écrire, en fait — plutôt à le penser. Je m’explique : pour que je puisse rédiger et publier un texte, j’ai besoin de savoir un minimum où je souhaite aller avec. Peut-être pas forcément d’un plan complet (ça, c’est seulement pour les textes longs ou très fouillés), mais au moins d’un fil directeur autour duquel articuler ma réflexion et mon expression. En somme, j’ai besoin que le billet fasse corps, comme dit Houellebecq. D’avoir une certaine idée du résultat final, même si je dois en dévier ensuite, avant même d’écrire les premiers mots.
Dans le cas du dîner de jeudi dernier avec Éric Besson et une petite dizaine d’autres blogueurs et blogueuses, j’avoue volontiers avoir eu beaucoup de mal à trouver le fil en question. Mais l’avantage d’écrire en dernier, c’est qu’on se sent moins obligé de coller à l’événement. Si c’est un compte-rendu détaillé du repas qui vous intéresse, vous le trouverez chez Natacha et Sacha Quester-Séméon, avec en prime une interview en vidéo du ministre. Si vous recherchez quelque chose de plus politique, je vous conseille le papier publié dès le lendemain dans l’Express par Émery Doligé (que je suis bien content d’avoir rencontré à cette occasion). Notre hôte lui-même s’est fendu d’une note à propos de l’événement, postée sur Facebook. Last but not least, il s’est même trouvé quelqu’un pour lui suggérer d’autres invités, plus sérieux j’imagine, pour son prochain événement. Très classe.
Ce travail ayant donc déjà été accompli, mon fil directeur m’est apparu un peu plus clairement. Me voici libre de divaguer sur les impressions laissées par ce repas.
Premièrement, je remarque qu’à ce type de rendez-vous, la majorité des invités vient souvent avec une série de questions bien précises, voire même une forme de message à exprimer au ministre. Pas moi. Si vous êtes quatre ou cinq à table, pas de problème. Au-delà, on court le risque de s’éloigner de la discussion multilatérale et d’entrer dans l’exposé des doléances. La bonne nouvelle est que ce risque a été assez largement évité jeudi dernier, probablement en raison de la personnalité des invités, tous d’excellente humeur et plus habitués aux discussions informelles qu’aux tours de parole. Tant mieux. Pour autant, si de nombreux sujets ont été évoqués (voir les liens ci-dessus), très peu ont fait l’objet de discussions de fond. Cela n’est ni étonnant ni décevant, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle Éric Besson s’est proposé de renouveler régulièrement l’expérience avec notre petit groupe.
Deuxièmement, je suis toujours surpris de constater combien les gens oublient que dans l’expression “économie numérique”, il y a certes “numérique”, mais surtout “économie”. C’est dire qu’il a beaucoup été question de réseaux sociaux, d’usages, de réputation en ligne ; moins de la façon dont la France pourrait un peu plus s’insérer dans l’économie de l’innovation. J’ai d’ailleurs pris la parole en ce sens, pour demander à Éric Besson s’il ne serait pas souhaitable d’effectuer un “toilettage” assez large du droit français afin d’éviter à l’avenir le genre de mauvaise publicité générée par les épisodes du type Skype, et surtout de lâcher la bride sur le développement de l’économie numérique française. Je ne savais pas, à cet instant, que venait de paraître, le même jour, un décret visant à alourdir le poids des obligations pesant sur les fournisseurs d’accès et les hébergeurs, en contradiction apparente d’ailleurs avec la loi informatique et libertés. Dommage, ça nous aurait offert un bon sujet de discussion.
Enfin, toujours dans la même idée, le temps a manqué pour discuter un peu plus d’Internet en tant que phénomène politique et social. Les questions de régulation ont certes été évoquées, Éric Besson ayant à coeur d’expliquer la notion “d’Internet civilisé”, mais j’aurais vraiment aimé connaître plus précisément les fondements éthiques de cette “nécessaire régulation” (d’autant que le sujet semblait également tenir à coeur au ministre) et surtout discuter des limites de sa mise en oeuvre dans un monde où les frontières tombent les unes après les autres et où Internet fait figure de boîte à outils démocratique dont la censure apparaît comme un signe de crispation, voire parfois comme une véritable provocation de la part de l’État.
Ma conclusion, c’est que ce genre de rendez-vous est toujours plus court que ce que l’on s’imagine. J’en suis ressorti avec plus de questions que de réponses — ce qui constitue le signe le plus sûr d’une prise de contact réussie.
Vivement la suite.