Journalistes contre blogueurs, le cercle vicieux
Publié : 30 juin 2010 Filed under: Non classé 8 Commentaires »Un lecteur d'Andrew Sullivan lui écrit :
[L]e journalisme est en train de mourir à cause (a) de la concurrence de la blogosphère et (b) de l'inexplicable et chaque jour plus grande lâcheté des médias de masse face au pouvoir établi. Mais peut-être que le (b) est explicable par le (a). Les reporters s'accrochent à leurs relations privilégiées avec les sources parce que c'est tout ce qu'ils ont. C'est ce qui les distingue de ces poltrons d'arrivistes sur Internet. En s'accrochant et en préférant la déférence au véritable reportage, ils deviennent bien sûr inutiles à leur audience. Pire qu'inutiles, en réalité. Cela renforce leurs adversaires, les blogueurs. Et du coup ils s'accrochent encore plus.
il y a chez le journaliste un recul, une manière de traiter et de vérifier l’info, qu’il n’y a pas chez les blogueurs.Par contre, c’est assez drôr de voir ça à la (petite) échelle française. Le (b) prend tout son sens ici en Egypte où l’ensemble de la presse est étatique et où se sont les blogueurs qui postent vidéos, infos, et surtout enquêtent. Certains se retrovuent en prison… ça arrive même souvent. malheureusement, c’est encore une fois d el’info orientée, pas de l’info tout court.D’ailleurs, fait nouveau, les quelques journaux papier d’opposition et leur version web embauchent quelques blogueurs pour attirer leur lectorat.
@ jujuseteDes études sérieuses tendraient à montrer plutôt que les journalistes ont justement tendance à beaucoup manquer de recul vis à vis :- de leurs sources (c’est “le journalisme de carnet d’adresse” : on courtise des sources pour obtenir des informations exclusives et on se construit ainsi une réputation professionnelle que l’on valorise auprès des employeurs. Cette méthode incite à une grande connivence, voire une dépendance, avec ces sources). Le journalisme parisien est très marqué par ce phénomène.- de leurs pairs (c’est le corporatisme professionnel. Des études sociologiques menées par entretiens montrent que les journalistes, très majoritairement, évaluent leur propre travail avant tout en regard de sa reconnaissance par leurs pairs, ensuite par la position qu’il peut leur permettre d’obtenir vis à vis de leurs sources, et uniquement ensuite, et très accessoirement, de l’avis des lecteurs).
D’accord avec Narvic. Souvent le recul dont tu parles, @jujusete, est plus feint que réel : il s’agit plus d’une forme d’autocensure que d’une véritable forme d’objectivité.La réflexion sur l’Égypte est très intéressante. Après, sur l’opposition (non fondée à mon sens) entre info et “info orientée”, je vous invite à lire les débats en cours dans la blogosphère politique américaine, notamment sur les blogs du Washington Post. Je compte bientôt faire un billet là-dessus.
Si je puis me permettre, le rapport privilégié avec les sources, c’est peut-être tout ce qu’ils ont, mais c’est déjà beaucoup! Un sacré avantage sur les blogueurs.Ce que vous oubliez, là dedans, c’est que toute source a un intérêt à communiquer. Personne ne le fait par altruisme, ou si peu. De l’éventuel conflit entre cet intérêt et l’intérêt du journaliste ou du lecteur, peuvent surgir des soucis. Mais sur le fond, je reste persuadé que les blogueurs ne pourront jamais remplacer les journalistes.Les premiers sont indépendants mais ne créent pas d’infos, ou presque. Donc il y a peut-être un cercle vicieux, mais il y a surtout un faux combat, qui n’a pas de raison d’être…@NarvicTu devrais éviter de ne raisonner qu’en pensant au Monde et au Figaro. Il n’y a pas qu’eux dans la vie. Perso je travaille dans un média régional et je ne fonctionne absolument pas comme tu le dis. La plupart des gens avec qui je travaille pensent bien plus au lecteur qu’à leur carrière, même si de fait, on a aussi, tous, envie de sortir des infos que personne n’a. Forcément! C’est la carotte.
Ceci dit, pour nuancer mon propre commentaire, il est évident que les médias régionaux ont une proximité avec les lecteurs beaucoup plus importante que les nationaux, et que partant de là, ils s’intéressent beaucoup plus à lui. Mais il n’y a pas un jour sans qu’on se pose la question de l’intérêt du lecteur.
@ Narvic : je suis d’accord avec toi sur les “journalistes de sources” mais pour moi, justement, ce ne sont pas des journalistes. Tout comme ceux qui ne se basent que sur l’agenda, les conf de presse, etc… sans avoir d’autre idée… c’est du formatage et de la facilité… le pire.le probleme c’est que vu le niveau des salaires, la profession a tendance à se fonctionnariser pour ceux qui bossent à plein temps dans une rédac.ensuite, le positionnement rapport aux pairs, etc… c’est très parigo-parisien. TU ne trouves pas ça en locale ou en départementale.@ rubin : je pecise quand même la reflexion sur l’Egypte c’est parce que je suis journaliste (since a long long time…) et forme des journalistes ici en Egypte depuis neuf mois. D’où la comparaison que je me suis permise.D’ailleurs, le thème du journal école de cette année était sur le journalisme à l’heure du web (modèle éco, boguing, passage du papier au web, passage du web au papier, etc…) le lien : http://seteici.midiblogs.com/media/01/01/192711243.pdfSi tu as des liens vers les débats sur l’info orientée, je suis preneuse !@ chafouin : les sources dont tu parles, semblent jsute institutionnelles. encore une fois, on est dans le parisianisme. Une source, ça peut être un chauffeur de taxi si tu fais un sujet sur la place de la voiture dans l’urbanisme, ça peut être un balayeur des rues, etc… une source, ce n’est pas forcément le service comm d’une institution ou d’une entreprise.Je suis par contre d’accord sur l’idée de la place du lecteur en locale.
C’est bien les petits coins discrets du web où l’on peut tenir de vraies conversations comme ici, sans être envahis par les trolls. ;-)Je suis d’accord que la presse régionale (que j’ai bien connue moi aussi…) conserve un lien de proximité avec ses lecteurs qui échappe ou qui parait presque incongru à bien des journalistes parisiens. Mais elle manque aussi très souvent de distance avec les institutions locales. Et le phénomène du carnet d’adresse privilégié y sévit aussi, même si c’est moins développé.Il y a aussi que les journalistes de la presse régionale sortent sur le terrain à la rencontre de “vrais gens” beaucoup plus que les parisiens, qui ont une réelle tendance à faire du journalisme assis (à leur bureau avec un téléphone, ou dans les restaurants et les salons).Sur le positionnement vis à vis des pairs, je crois que c’est un phénomène vraiment général, qui découle de l’organisation même de la presse écrite en rédaction hiérarchisée et de l’absence d’outil efficace de feedback en temps réel des lecteurs. On voit bien qu’internet modifie la donne sur ce point : les journalistes peuvent cultiver un lien avec un lectorat “par dessus la tête” de leur rédacteur en chef. Ce n’est plus le red chef qui maîtrise la visibilité d’un journaliste, selon la place attribuée à sa production, c’est de plus en plus le lecteur lui-même, par effet viral de recommandation sociale. Le problème avec ce système, c’est que ça accentue le phénomène de starification, en le développant désormais à tous les niveaux, sous la forme du personnal branding…
un pearltrees interessant la dessushttp://www.pearltrees.com/#/N-s=1_718813&N-f=1_718813&N-u=1_4540&N-p=4394956en Egypte, c’est l’inverse. C’est le personal branding qui fait qu’en ce moement les sites web des journaux embauchent des blogueurs plus ou moins engagés, sur leur nom, leur signature, ils savent qu’ils vont truster des lecteurs.Encore une fois, le personal branding, c’est valable pour le parisien qui ecrit dnas un canard national ! en région ça existait bien avant l’arrivée d’internet ! Le gars qui s’occupe du sport dans un journal local était toujours accueilli comme le messie sur le bord des terrains, le spécialiste culture est toujours identifié… et même en infos géné ! t’as plein de gens dans les assoss, les syndicats, etc…. qui t’appellent par le nom de ton canard parce que tu es identifié comme tel.