Quelques mots sur la modération/fermeture des commentaires #flottille

Éric Mettout vient de signer un billet très intéressant sur le
dilemme qui occupe des salles de rédaction à l’approche du week-end :
faut-il fermer les commentaires sous les billets traitant de l’épisode
de la “flottille de la liberté” ?

Comme l’explique Éric, la modération représente déjà sur ce genre de
sujets “chauds” un boulot monstre pendant la semaine ; le week-end,
quand seuls les journalistes “de garde” sont présents, ça devient
carrément ingérable. Éric expose également de façon exhaustive les
différents arguments pour et contre la modération en général et la
fermeture des commentaires en particulier.

J’aimerais, pour ma part, apporter un éclairage différent, sous forme
de questionnement : le problème se poserait-il de la même façon si les
sites d’info n’étaient pas pour ainsi dire obligés de modérer les
commentaires ?

En effet, la question de la modération ou non des commentaires a beau
alimenter des débats aussi riches qu’interminables au sein des salles
de rédaction et de la blogosphère, le législateur l’a déjà doublement
réglée :

  1. Dans la LCEN, qui incite puissamment l’éditeur du site à modérer
    les commentaires au moins a posteriori, au risque d’être condamné en
    lieu et place d’un commentateur diffamateur ou insultant ; et

  2. Par le décret du 29 octobre 2009, qui inclut (entre autres) la
    modération des commentaires parmi les critères requis pour bénéficier
    du régime des publications et agences de presse.

Le problème est donc, au fond, d’ordre purement juridique : soit vous
laissez les commentaires ouverts, et vous courrez alors le risque,
pour cause de sous-effectif, de vous faire condamner ou pire, de
perdre votre statut (et tout ce qui va avec en termes d’avantages
fiscaux et de subventions) ; soit vous décidez que le jeu n’en vaut
pas la chandelle et vous ne prenez aucun risque, en fermant les
commentaires le week-end. Il y a fort à parier que la grande majorité
des patrons de presse en ligne feront le choix de la prudence.

Sans l’incidence de ce facteur risque, la question se poserait-elle de
la même manière et avec autant d’insistance ? Se poserait-elle tout
court ?


7 Commentaires on “Quelques mots sur la modération/fermeture des commentaires #flottille”

  1. yves deligne dit :

    Les rédactions devraient essayer de faire bouger les politiciens afin de faire aboutir une liberté d’expression totale. Ce qui lèverait, à terme, l’hypocrisie générale qui gouverne les consciences de ce pays et amorcerait certainement un changement dans les mentalités, pour aboutir finalement à des rapports interpersonnels un peu moins biaisés, et donc un peu plus francs, qu’ils ne le sont actuellement.

  2. Rubin Sfadj dit :

    Exactement. Mais le système d’aides publiques à la presse gêne (au moins en théorie) ce type de dialogue franc entre les rédactions et le pouvoir. Ce n’est pas un hasard s’il faut de plus en plus regarder du côté de la presse étrangère pour certains types de nouvelles…

  3. Manu dit :

    Incluez vous l’insulte raciale, et les menaces de morts dans la liberté d’expression totale?

  4. Rubin Sfadj dit :

    Je ne me positionne pas ici sur ce qui devrait être ou non inclus dans la liberté d’expression, mais plutôt sur l’opportunité d’obliger les sites d’info en ligne à modérer les commentaires et, le cas échéant, à porter la responsabilité d’éventuels dérapages.Je pose la question de savoir si, dans une situation comme celle qui préoccupe Éric, la réflexion n’est pas faussée par cette obligation. Si L’Express.fr ferme les commentaires le week-end, ce ne sont pas seulement les insultes à caractère racial ou les menaces de mort qui seront bloquées, mais tous les commentaires.

  5. yves deligne dit :

    @rubin Depuis que la presse étrangère est accessible en ligne, j’ai l’impression d’avoir une image un peu moins distordue du paysage psycho-socio-politique du pays dans lequel nous vivons. D’accord avec l’idée que les subventions étatiques à la presse peuvent jouer un rôle non négligeable sur le manque patent de déontologie de nos journalistes mais ils faut aussi tenir compte des idéologies délirantes dans lesquelles se complaisent les lecteurs. Il faudrait – on peut rêver – mettre fin à ce système de feedback entre émetteur/récepteur qui fait des médias et de l’opinion française un bruit assourdissant et abrutissant qui sans cesse s’amplifie au point de voir Chirac échapper à la justice pour se retrouver chouchou n°1 des fr. et de voir Hortefeux condamné pour une broutille.@Manu Oui! La liberté d’expression telle qu’elle est pratiquée par la démocratie US, n’a jamais interdit d’arrêter et de condamner des membres du KKK, par exemple. Si des commentaires haineux fleurissent sur ton blog, tu peux toujours les karsheriser à posteriori, comme on lave les graffitis sur un mur que l’on tient à garder propre. Mais de là à condamner le proprio du mur parce que des taggers, qui n’auraient aucun sens artistique, l’ont pris pour cible….

  6. yves deligne dit :

    “Si L’Express.fr ferme les commentaires le week-end, ce ne sont pas seulement les insultes à caractère racial ou les menaces de mort qui seront bloquées, mais tous les commentaires.” Donc victoire du KKK sur un organe de presse a priori libre et démocratique… on voit où mène le contrôle de la libre expression…

  7. Rubin Sfadj dit :

    C’est le principe de la punition collective, disons.


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