Une phrase qui fait réfléchir

[L]a France n’est pas les Etats-Unis. Sa responsabilité réduite dans la conduite des affaires du monde ne favorise pas l’émergence d’idéologies politiques à vocation universelle, si l’on excepte la persistance d’un droit- de-l’hommisme bien fatigué.

Luc Rosenzweig dans Causeur, pour démontrer la quasi-inexistence d’un mouvement néoconservateur à l’américaine en France.

 

Certes, il nous semble aujourd’hui que la France a perdu une part de sa vocation universelle en même temps que son influence dans les affaires du monde. Mais l’idéologie des pères fondateurs américains était déjà universelle par vocation à l’époque où leur pays n’était constitué que treize colonies à la survie incertaine.

Cette phrase de Luc Rosenzweig pose donc plusieurs questions, auxquelles je ne suis pas certain de pouvoir répondre :

- Toutes les idéologies n’ont elles pas, au moins à partir d’un certain niveau d’abstraction et par hypothèse, une vocation universelle ?

- Existe-t-il réellement un lien entre la responsabilité d’un pays “dans la conduite des affaires du monde” et la vocation universelle ou non des idéologies qui traversent sa vie intellectuelle ?

- Le courant néoconservateur existe-t-il uniquement parce que les États-Unis ont, du moins théoriquement, les moyens d’en appliquer les préceptes ?

- Si ce lien existe, la vocation universelle des idéologies représentées dans un pays diminue-t-elle de concert avec l’ampleur de ses responsabilités au plan international ?

- Constate-t-on une place prépondérante du relativisme culturel (à bien des égards, une idéologie diamétralement opposée au néoconservatisme) dans les pays de moindre influence sur la scène internationale ?

- Faut-il alors considérer que les pays les plus petits et/ou les moins influents sont généralement les plus “nombrilistes”, ou est-ce l’inverse : plus un pays se replie sur lui-même, plus sa stature internationale diminue ?

- A contrario, est-il possible que la source de la montée en puissance des États-Unis au plan international se trouve précisément dans la vocation universelle de leur idéologie fondatrice ?


6 Commentaires on “Une phrase qui fait réfléchir”

  1. Manu dit :

    Voulons-nous d’un mouvement néo-conservateur à l’américaine, en France?

  2. Rubin Sfadj dit :

    La question n’est pas de savoir si “nous” en voulons un, mais s’il en existe un ou pas. Et je suis d’accord avec Luc Rosenzweig : ce n’est pas le cas, en dehors de quelques initiatives très marginales.

  3. Manu dit :

    Je ne dis pas qu’il a tort, je me demande simplement de l’utilité de se poser cette question. Peut-être ai-je raté un truc…

  4. Rubin Sfadj dit :

    Dans le cadre de son article, la question se pose assez naturellement, je trouve, dans le cadre de son analyse de l’amalgame entre soutien à Israël et droitisation.

  5. Eric dit :

    Tu dis “une phrase qui fait réfléchir”, ou plutôt une phrase mortellement con!”Existe-t-il réellement un lien entre la responsabilité d’un pays “dans la conduite des affaires du monde” et la vocation universelle ou non des idéologies qui traversent sa vie intellectuelle ?”Bonne question. Les Etats-Unis, en tant qu’empire, ont bien sûr une responsabilité et une influence déterminante.Mais un petit pays inexistant, comme le Tibet, infuse aussi des valeurs des idées. La notion de compassion dans la politique et dans la vie quotidienne, c’est une notion difficile à appliquer. Mais tellement ambitieuse.Les grandes idées, si on se souvient bien, nous ont été apportées par des nomades ou des evahisseurs barbares. Elles ont été portées par des marginaux (Diogène, Socrate, Nietzsche ou même Confucius sont des personnes qui soit on été exclues des centres de pouvoir, soit en ont été rejetées).Mais il est vrai que la condition presque nécessaire et suffisante pour s’approcher des centres du pouvoir, c’est d’émettre et de répéter des idées conventionnelles et rétrogrades, comme si c’étaient des idées originales.

  6. Rubin Sfadj dit :

    @Eric : Je ne pense pas que la phrase soit à prendre au pied de la lettre. Il s’agit plutôt (c’est comme ça que je la comprends, en tout cas) de pointer du doigt un certain manque d’ambition intellectuelle.Après, je suis d’accord avec tes arguments : l’ambition intellectuelle n’est l’apanage ni des “grandes nations”, ni même des nations tout court, et c’est tant mieux !


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