Dave Winer, Émile de Girardin et l’avenir de la presse

Dave Winer explique pourquoi les journaux devraient devenir des plateformes de blogging pour leurs lecteurs :

Pourquoi les entreprises de médias devraient-elles héberger les blogs des membres de leur communauté ? Parce que le business des entreprises de médias, c’est l’information. La recueillir, la trier, l’organiser, la mettre à jour et recommencer. Les gens ont une formidable soif d’informations nouvelles, aujourd’hui plus encore que jamais, et chaque jour un peu plus. Il est ridicule que les organisations chargées de recueillir l’information soient en train de rétrécir à une époque où la demande pour ce qu’elles font est si forte.

Dave Winer maîtrise son sujet : il est l’inventeur des flux RSS (si, si) et l’un des premiers blogueurs de l’histoire (sinon le premier). Même les mauvaises langues (par exemple ceux qui considèrent le journalisme comme une rente) conviendront que c’est à lui qu’elles doivent une bonne partie de leurs tracas !

En somme, l’idée est la suivante : si votre métier est le recueil, l’organisation et la publication de l’information, ce que vous appelez “presse écrite” n’est pas, dans sa forme actuelle, votre coeur de métier ; c’est simplement l’une des formes sous lesquelles vous avez exercé votre métier jusqu’à présent. Loin de mettre un terme à votre mission, les nouvelles technologies vous offrent au contraire de nouveaux outils, plus avancés, pour l’accomplir :

  • Pour le recueil d’informations, des services comme Twitter ou YouTube autorisent le recours au “journalisme citoyen”.
  • Pour le tri et l’organisation, les lecteurs de flux RSS et des applications comme Google Docs ou Ulysses doivent permettre au journaliste de mieux gérer ses sources et son travail d’écriture.
  • Pour la publication et l’actualisation de l’info, le blog est devenu, en quelques années, un standard de présentation repris même par les “pure players” de la presse en ligne.
Reste à assurer l’aspect économique du business. Avant l’âge de la démocratie et des médias de masse, les journaux gagnaient de l’argent essentiellement par la vente d’abonnements. Émile de Girardin fut parmi les premiers à comprendre la nécessité d’un changement :

En France, l’industrie du journalisme repose sur une base essentiellement fausse, c’est-à-dire plus sur les abonnements que sur les annonces. Il serait désirable que ce fût le contraire. Les rédacteurs d’un journal ont d’autant moins de liberté de s’exprimer que son existence est plus directement soumise au despotisme étroit de l’abonné, qui permet rarement qu’on s’écarte de ce qu’il s’est habitué à considérer comme des articles de foi.

Ainsi, le modèle économique que la presse écrite considère de nos jours comme un acquis indépassable n’a pas toujours été le modèle de référence. Il n’est donc pas éternel. Le modèle du futur, qui doit permettre d’étancher la “formidable soif d’informations nouvelles” tout en adaptant les métiers de l’information à l’économie du lien, reste largement à inventer, même si certains commencent à s’en faire une idée de plus en plus précise.

Une chose est sûre : l’impôt et l’apitoiement ne font pas partie de l’équation.



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