De l’art de la citation tronquée
Publié : 8 janvier 2010 Filed under: Non classé 2 Commentaires »Je n’apprécie pas particulièrement les idées de Joseph Stiglitz, un économiste si radical qu’il n’a pu trouver asile intellectuel qu’en France. Mais en lisant le titre de cet article du Figaro, je me suis dit qu’il était carrément tombé dans la dénégation névrotique :
Heureusement, j’ai lu l’article jusqu’au bout, et visionné la vidéo incluse. Le propos complet du Nobel 2001 d’économie est le suivant :
Les déficits ne sont pas un problème s’ils sont bien gérés. S’ils sont bien gérés, le retour sur investissement est bien supérieur au coût du capital dépensé. Mais si nous les dépensons avec la guerre en Afghanistan et les plans de sauvetage pour les banques, alors là nous avons un problème.
Je ne suis pas d’accord avec cette proposition, parce que je pense qu’il n’existe pas — au moins empiriquement et dans l’histoire récente — de déficits “bien gérés”, et parce que j’estime que la dernière phrase de Stiglitz montre bien comment la doctrine du tax & spend ouvre la voie à l’arbitraire et à la subjectivité en matière de dépenses publiques.
Mais la position énoncée dans la vidéo demeure rationnelle. Relevant d’une certaine vision du rôle de l’État, elle se prête à l’analyse, à la discussion, à la contradiction, mais elle n’est pas dénuée de tout contact avec la réalité. La citation tronquée qui est utilisée comme titre de l’article, en revanche, dénature totalement le propos de l’auteur. D’une part parce que dire que “les déficits ne sont pas un problème” n’a strictement aucun sens hors contexte ; d’autre part et surtout parce qu’elle modifie totalement le message. Aucun économiste, même de niveau DEUG, n’oserait dire une ânerie pareille.
Stiglitz nous dit, ce qui est discutable : vous pouvez faire du déficit, mais veillez à financer des dépenses d’investissement. Le Figaro comprend, ce qui est insensé : continuons à nous endetter, tout ira bien.
Les journalistes du Figaro sont apparemment aussi calés en économie que leurs confrères du Monde.
Au contraire, mission accomplie puisque tu as lu l’article.
Un peu cheap, comme cynisme…