Comment écrire un mauvais article (ou le mal du journalisme français)
Publié : 25 septembre 2009 Filed under: Non classé 7 Commentaires »Je ne suis pas certain que l’auteur(e) de ce billet soit journaliste, mais l’occasion est trop belle de lister les ingrédients nécessaires à la rédaction d’une caricature d’article mal informé, ultra-orienté et totalement détaché du réel.
- Se tromper sur l’orthographe même de votre sujet : LBO, ça veut dire Leveraged Buy-Out, avec un d à la fin du premier mot. Rachat avec effet de levier. Sans le d, l’expression n’a aucun sens en anglais. Mais bon, on va pas chipoter pour une expression américaine à la con, hein ?
- Ne pas expliquer, au moins superficiellement, le mécanisme pourtant complexe dont vous faites le procès. Dire qu’un LBO est une technique permettant de reprendre une entreprise en l’endettant, c’est très court, même pour un journaliste français. Mais je peux comprendre qu’éclairer réellement le lecteur puisse s’avérer contre-productif.
- Utiliser des raccourcis aussi débiles que possible, histoire de ne jamais rentrer dans le fond des choses. Ici : l’emprunt est remboursé par les profits, or la crise menace les profits, donc la crise menace les LBO. De toute façon, l’économie n’est pas une science, alors on peut dire ce qu’on veut.
- Aussi, avoir recours à au moins un préjugé éculé. Dans notre cas : les fonds d’investissement ne patientent pas forcément. C’est vrai, quoi : ce sont des capitalistes assoiffés de sang et de profit. Attendre, ils ne savent pas faire. Si possible, une petite couche d’anti-américanisme ne fait pas de mal. Pas besoin d’en faire des tonnes, hein : juste dépeindre la scène des fonds américains pillant les entreprises françaises, ça suffira largement.
- Le gâteau est presque prêt. Reste le plat de résistance : ne citer les témoignages que d’une partie. Et quelle partie ? Les syndicalistes bien sûr ! C’est bien connu : les meilleurs experts que nous ayons dans ce beau pays en matière financière, ce sont les délégués de la CGT.
- Histoire de donner un peu de piquant, rajouter en sous-titre une comparaison complètement vaseuse. Surtout, ne pas rechigner (le ridicule ne tue pas, tout le monde sait ça). « Les nouveaux subprimes ? ». Boum, gros effet. Pas grave si ça n’a strictement aucun sens. Ne pas avoir peur d’en faire un max : le but, c’est de faire peur, de réveiller les consciences ! Allez hop ! Une référence à Madoff !
- Enfin, reste la cerise (sur le gâteau). Mais attention, là c’est du grand art, à réserver aux plus chevronnés : comble de la mauvaise foi, afin de donner l’impression d’un article équilibré, vous mentionnez la partie incriminée (ici, l’Association française des investisseurs en capital), mais sans la citer ! Certes, il faut oser. Mais quand ça passe, c’est la classe.
Si avec tout ça vous ne décrochez pas un bon gros CDI dans un des temples de l’information à la française, je ne peux plus rien pour vous. Attention toutefois : vous risquez aussi d’y gagner un non moins gros procès en diffamation. Mais qu’à cela ne tienne : les pouvoirs de l’argent ne vous feront pas taire aussi facilement ! Quelle liberté de ton et d’esprit ! Quelle audace !
A caricature, caricature et demi, Rubin… Si, si, tu ferais un très bon journaliste.
Je l’attendais, celle-là… C’est de bonne guerre ;-)
Dans les trois premières lignes de ce billet, le verbe “lister” (qui n’existe pas) : inutile, donc, d’aller plus loin, surtout dans un billet qui prétend nous donner des leçons.
@Didier : sauf le respect et l’amitié sans faille que vous me savez vous vouer : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/lister
Enfin rubin (si je puis me permettre) depuis quand les journalistes s’intéressent-il à la Vérité qui est le fondement même de leurs écrits?
Évidemment, si vous vous fiez au Larousse…
@Gautier : il y a quelque chose de bizarre dans votre phrase.@Didier : Évidemment ;-)