Google Books, aussi important que Gutenberg ?
Publié : 7 septembre 2009 Filed under: Non classé 12 Commentaires »Camille Pascal, secrétaire général de France Télévisions, compare aujourd’hui dans Libé l’opposition de ceux qu’il appelle « les gardiens du temple » à un accord entre Google et la BNF à celle des moines copistes contre l’importation de l’imprimerie en France :
Dans les années 1450, Gutenberg mettait au point, à Mayence, un procédé qui devait permettre aux livres, jusque-là cadenassés dans les grands monastères européens, de se démultiplier à l’infini et de parcourir le vaste monde sur le dos de simples colporteurs. L’imprimerie était née. En 1469, Guillaume Fichet, grand humaniste et bibliothécaire de la Sorbonne, parvint à convaincre le roi Louis XI d’en autoriser l’utilisation dans le royaume. Trois imprimeurs allemands vinrent pratiquer leur métier en France. La réaction des corporations de copistes et d’enlumineurs fut immédiate : il ne fallait pas laisser cette invention du diable venue de l’étranger souiller les caves de la Sorbonne et permettre que les livres sacrés, fabriqués pour rien, tombent entre toutes les mains. Le roi n’hésita pas à renvoyer les gardiens du temple à leur scriptorium et accepta la dédicace des premiers livres imprimés à Paris. Notre pays entrait dans la Renaissance. Quelle serait aujourd’hui l’identité de la France si les gardiens du temple avaient été entendus ?
Le premier point commun entre les deux situations est évident : une corporation (hier les copistes, aujourd’hui la presse/l’édition/la culture) en appelle à de pseudo « grands principes » pour en réalité sauver son bout de gras, au mépris des bénéfices évidents du progrès technique.
Le second point est à la fois moins frappant de prime abord et plus important, à la réflexion : au XVème siècle, l’invention de l’imprimerie a joué un rôle majeur dans le passage du Moyen-Âge à la Renaissance. Au XXIème, vers quelle nouvelle ère Internet et ses deux sous-révolutions, le mobile et les médias sociaux, nous amènent-ils ?
J’adore ces ouvertures dignes d’un pavé de science-fiction. Cela dit pour y mettre mon modeste grain de sel:C’est peut-être les deux sous révolutions qu’il faut guetter. Le prix de l’information post-gutenberg était déjà suffisamment basse pour être accessible par tous (pour les pdem en tout cas). L’important hier et aujourd’hui est le traitement de celle-ci, la quantité ne jouant pour ainsi dire que très peu. Mais alors qu’hier l’info était plus … éparse qu’aujourd’hui, l’issue semble être double; en considérant l’accroissement de la mobilité et la multiplication des sources:Premier scénario, Friedman avait raison: la masse d’informations tend vers une singularité et malgré des petits hoquets; la vérité ressort à chaque crise. Le bruit ne restant alors que du bruit, un fond cosmique indolore.Deuxième scénario, La masse est tellement importante qu’on arrive à un point de rupture, le traitement n’est plus ni possible ni efficace.Evidemment nous ne sommes pas des veaux; mais les exemples orwello-chomskien de la déroute de l’information sont avérés…Je crains qu’internet finalement ne soit plus une prouesse pour créer des choses comme “the eternal moonwalk” plutot qu’une refonte efficace des idées/variables de notre “ére internet”.Kierkegaard avait dit justement que l’opposé du couple savoir-littérature incorporé dans les livres et les lettres (à diffusions lentes) était le binôme ragot-journalisme symbolisé par les quotidiens (à diffusion rapide). De ce point de vue, il n’est pas impossible que le passage du quotidien (les journaux) à l’instantané (Blogs, Twitter, le News-feeder facebook) soit une avancée spectaculaire…
Il y a une confusion dans vos propos : Gutenberg n’était pas une multinationale possédant un monopole sur ce qui sera imprimé puisque justement son invention allait servir à tous…alors que dans notre situation, ce qui nous préocupe c’est qu’une mission d’intérêt générale soit remplie par une seule société privée qui a, bien évidement, des objectifs commerciaux bien éloignés de ceux de Gutenberg …
@Barthélémy : la division en deux scénarios relève, à mon sens, d’une vision “statique” de la réalité, à un moment où, précisément, les cartes sont en train d’être rebattues. Sur Kierkegaard : les blogs sont-ils forcément à ranger dans la seconde catégorie ?@Rémy : d’où tirez-vous que Gutenberg n’avait pas d’objectifs commerciaux ? Son entreprise l’a conduit à la ruine, mais entreprise il y avait. Elle était bien multinationale — du moins au sens de l’époque — et son “monopole” était bien plus réel que celui de Google aujourd’hui, puisqu’avant elle personne n’imprimait de livres !
@Rubin Sfadj :la différence c’est que Gutenberg a inventé quelque chose alors que google n’a rien inventé et qu’il a simplement beaucoup plus de moyens que quiconque pour réaliser une numérisation de masse.la faillite de gutenberg n’a pas eu d’incidence sur les livres qu’il a imprimé, alors que la faillite de Google aura des conséquences beaucoup plus néfaste (puisque les données numérisées restant sa propriété seraient perdues).ne comparons pas ce qui n’est l’est pas : nous ne sommes pas contre le progrès technologique, bien au contraire ; mais sachons lire entre les lignes et faire les bons choix en privilégiant des solutions alternatives “ouvertes” qui existent sur le WEB…
@Rémy : Google n’a rien inventé ? Bigre… Au fait, pourquoi les données numérisées par Google seraient-elles “perdues” en cas de faillite ? En outre, m’est avis qu’aucune entreprise de son ampleur n’est aussi ouverte (dans ses méthodes comme dans ses choix technologiques) que Google.
@Rubine Sfadj. Google n’a en effet rien “inventé” au sens propre du terme concernant son service googledocs.Et concernant les données scannées, la bibliothèque et/ou l’Université qui en bénéficie gratuitement ne sont pas autorisées à les utiliser et à en permettre le téléchargement public (même pour les données du domaine public), certains ont appelé cela le “pacte de faust” :http://affordance.typepad.com/mon_weblog/2006/09/contrat_califor.html google ne rend pas un service gratuit, il se garde l’exclusivité de la diffusion publique.En cela, la BNF perdrait donc le droit de diffuser sur gallica ce qu’elle confierait à google, ce qui est tout à fait logique puisque c’est google qui finance la numérisation…google gardant par ailleurs la liberté de diffuser publiquement tel ou tel ouvrage (même sous cpopyright) alors que le service ne devrait pas répondre à des objectifs “commerciaux”…Ce n’est pas parce que Google offre des services gratuits qu’elle est une société ouverte ; sa stratégie, par des rachats successifs de sociétés, est d’englober tous les services pour aboutir en fin de compte à une position monopolistique : elle ne s’ouvre pas aux autres, elle les absorbe…Pour avoir une vue plus globale de la stratégie, lire égalementhttp://affordance.typepad.com/mon_weblog/2008/10/google-books-le.htmlje précise que je n’ai rien contre “google” en lui-même qui me rend service quotidiennement et qui a su être “innovant” et performant au niveau des services rendus ; mais les accords qu’il veut imposer dans son projet google books sont ddangereux (et mériterait par ailleurs une analyse fine d’un avocat spécialisé en droit de la propriété intellectuelle).
Voyons voir.1. Ce n’est pas de Google Docs qu’il est question ici, mais de Google Books. Et quand bien même, certes, Google a acquis Writely, mais le service a largement évolué depuis. Innovation et croissance externe sont-ils exclusifs ? Je ne vois pas pourquoi.2. Je serais étonné que les données scannées par Google ne soient pas utilisables par les institutions qui les fournissent en premier lieu. Concernant Gallica, rien de choquant ; d’après ce que j’ai compris, le service est de toute façon un échec.3. Je pars du principe que Google numérise les oeuvres pour les offrir, d’une manière ou d’une autre, en utilisant son service Google Books. Je ne comprends pas la phrase : “Google gardant par ailleurs la liberté de diffuser publiquement tel ou tel ouvrage (même sous copyright)”4. Google pratique l’ouverture non pas parce que nombre de ses services sont gratuits, mais parce qu’ils sont, précisément, ouverts, c’est-à-dire librement accessibles aux développeurs. Voir par exemple le futur Google Wave, open source.5. Sur les accusations de monopole, je vous invite à consulter la définition de ce terme au regard du droit de la concurrence. Cela devrait assez largement calmer vos inquiétudes.
@Rémy :J’ai été contraint de supprimer votre dernier commentaire pour des raisons d’ordre technique : il contenait l’adresse mail de réponse aux commentaires, et était apparemment régulièrement scanné par des spambots qui envoyaient sous ce billet, par mail, plusieurs messages publicitaires par jour !J’ai conservé le texte de votre commentaire, mais je n’ai pu retrouver votre adresse e-mail afin de vous le faire parvenir pour que vous puissiez le republier. N’hésitez pas à me contacter pour régulariser la situation.Désolé pour ce désagrément !
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