La tentative de suicide de l’Associated Press
Publié : 25 juillet 2009 Filed under: Non classé Laisser un commentaire »Le New York Times annonçait, jeudi, que l’agence de presse Associated Press (AP) avait décidé, pour faire face à la reprise de ses contenus sur Internet, d’utiliser un logiciel exposant les conditions d’utilisation de chaque dépêche, et notifiant l’AP de toute utilisation non autorisée.
Selon le président de la société, une autorisation serait requise même pour le simple affichage du titre d’une dépêche assorti d’un lien sur un site Internet ou sur un blog. Les réactions n’ont pas tardé, et celle de Jeff Jarvis notamment :L’AP devient l’ennemi d’Internet parce qu’elle s’en prend au lien et que le lien est la base d’Internet. (…)
L’AP ne parviendra pas [à détruire l'économie du lien], simplement parce ce qu’elle propose est si inapplicable, illégal, et au final antidémocratique et inconstitutionnel. Mais comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, elle pourrait faire beaucoup de dégâts sur son chemin, à essayer de réécrire l’usage loyal [fair use] qui constitue la base d’une conversation démocratique. (…) Mais ce n’est pas la raison pour laquelle il faut la remplacer (c’est simplement du bonus). Non, la raison pour remplacer l’AP est qu’elle est désespérément, mortellement démodée pour l’âge numérique que et sa structure de capital (…) ne lui permettra pas d’être transformée pour notre nouvelle réalité. Nous avons besoin d’un remplaçant qui servira mieux le journalisme et le public, sans parler de la démocratie.
Jarvis est très dur, mais je pense qu’au final son analyse est pertinente, et peut être étendue à toutes les agences de presses, y compris notre AFP nationale — dont le système de gouvernance et la structure de capital feraient passer l’AP pour une petite entreprise familiale.
J’apporterais une petite nuance à ce raisonnement : vu le rapport de forces, la décision de l’AP ressemble moins à une déclaration de guerre qu’à une tentative de suicide. Aujourd’hui, le premier producteur de contenus qui refuserait de “jouer le jeu” des liens s’enfermerait irrémédiablement dans sa coquille, jusqu’à l’asphyxie. Tant et si bien que l’AP s’est empressée de rectifier le tir : ce ne sont évidemment pas les blogueurs qui sont visés, mais les malhonnêtes qui reprennent en masse les contenus de l’agence sans demander leur reste. Si les agences de presse paraissent moins touchées par la révolution numérique que les journaux, par exemple, c’est simplement parce qu’elles sont placées plus haut dans la chaîne alimentaire de l’information. Mais dans leur forme actuelle, elles n’en sont pas moins, à terme, condamnées. Et tout comme les journaux et magazines papier, elles ont intérêt à recentrer leur business model sur les domaines où leur expertise apporte le plus de valeur ajoutée, et à sortir de l’ombre dans laquelle elle étaient si tellement à l’aise dans le passé. Ce sont les arguments que j’ai essayé de développer sur Friendfeed, où un débat extrêmement intéressant s’est ouvert sur la question, Narvic notamment considérant l’AP comme un cas particulier. Selon lui, les agences de presse ont encore un bel avenir devant elles, dans la mesure où leurs clients auront encore besoin de sources d’information brute pendant longtemps. Et d’ajouter que les clients en question, ce sont avant tout les Google, Yahoo et autres MSN, qui balancent de l’info en continu sur leurs portails.Plutôt que de refaire entièrement la discussion, je vous invite à y jeter un coup d’oeil ci-dessous. Qui disait que Friendfeed ne servait à rien ?
http://friendfeed.com/ls01/19c44730/jeff-jarvis-se-demande-comment-et-pourquoi?embed=1