Adhésion de la Turquie : le critère oublié
Publié : 14 avril 2009 Filed under: Non classé Laisser un commentaire »Les élections européennes qui approchent remettent sur le devant de la scène politique la question de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Là-dessus, tout le monde a un avis, même Barack Obama.
À ma droite, on explique, avec force d’arguments d’ordre géographiques et culturels (qui a dit “occidentalistes” ?), que la Turquie, ce n’est pas l’Europe ; l’Union européenne serait une construction judéo-chrétienne, gréco-romaine, franco-allemande, etc., dans laquelle un pays musulman, même laïc, n’aurait pas sa place. Et puis de toute façon, la Turquie, nous dit-on, ne fait même pas partie du continent européen. Fort bien.
À ma gauche, où l’on récuse avec vigueur (et un certain goût pour les superstructures) toute forme de déterminisme, je lis au contraire que l’avenir de l’Europe passe par la Turquie ; les avantages sont d’ordre géopolitique, mais pas seulement. L’Union européenne ne serait pas une construction ancrée dans la terre, mais un vaste projet démocratique, et la Turquie doit donc simplement faire des efforts sur la voie de la démocratie. Et puis de toute façon, nous dit-on, elle a déjà commencé à en faire.
Entre ces deux alternatives, j’ai du mal. Dans la première, je refuse l’arbitraire d’une géographie européenne décidée à l’emporte-pièce, presque sur un coin de table ; et je vois parfois que la véritable raison du rejet de la Turquie, ce n’est pas son histoire ni sa géographie, mais sa religion. Dans la seconde, je pressens un certain expansionnisme pacifiste bon teint qui, sous couvert de paix et de démocratie, voudrait faire de l’Union européenne un super-État à l’échelle internationale.
Faut-il alors que la Turquie intègre l’Union européenne ? J’avoue ne pas avoir de réponse définitive. Mais je m’étonne qu’une troisième approche — ou plutôt un troisième critère — soit absente des discussions, comme coincée entre les deux premières. Cet angle de vue n’est ni déterministe, ni expansionniste : il se baserait plutôt sur l’histoire de l’Union européenne — sur l’histoire de sa naissance, même. Imaginé au XIXème siècle, ce projet politique n’a vu le jour, chacun le sait, qu’après la seconde guerre mondiale, et sur les braises encore chaudes d’un génocide.
Ce n’est pas un hasard : la raison d’être de l’Union européenne, c’est le refus du totalitarisme et de ses enfants naturels, la guerre et (parfois) le génocide. Cela vaut évidemment pour ses membres “historiques”, mais également pour les adhérents les plus récents, y compris ceux issus de l’ancien bloc de l’Est. Cela vaut-il, en l’état, pour la Turquie ? Le refus inconditionnel de reconnaître jusqu’à l’existence du génocide arménien montre plutôt le contraire.
Il ne s’agit pas ici de considérer que l’adhésion à l’Union européenne doit nécessairement reposer sur un certain sentiment de culpabilité ou sur une volonté de repentance vis-à-vis de l’histoire du candidat. Là n’est pas l’objectif de la démarche. Mais, au-delà de critères d’ordre technique visant à mesurer son niveau de démocratisation, il est vital de reconnaître chez tout candidat qu’il partage cet objectif fondamental réunissant les États membres. En l’espèce, la reconnaissance du génocide arménien en serait une preuve nécessaire et suffisante.
Hélas, on l’attend encore.