Interdit de déjeuner au bureau !
Publié : 30 mars 2009 Filed under: Non classé Laisser un commentaire »Il est interdit de laisser les travailleurs prendre leur repas dans les locaux affectés au travail.
C’est le nouvel (enfin, il a un an) article R. 4228-19 du code du travail (partie réglementaire, quatrième partie, livre II, titre II, chapitre VIII, section 2 — ouf), créé par le décret n. 2008-244 du 7 mars 2008. (Merci à Jérémy.) Voilà qui repousse, en matière de constructivisme, des limites pourtant déjà éculées.
Ainsi donc, en France, il est à présent interdit à l’employeur d’autoriser un salarié à déjeuner à son bureau. Je ne sais quel esprit (fé)con(d), ou quel lobbyiste sérieusement atteint a inspiré cette nouvelle disposition réglementaire, pas plus que je ne vois l’embryon de début de logique qui a présidé à son accouchement — et par la voie du décret, s’il vous plaît ; on va pas faire une loi pour ça, il se serait bien trouvé quelques députés pour mettre des bâtons dans les roues du gouvernement sur cet importantissime dossier.
Même la formulation est ridicule : on n’a pas voulu écrire : “Il est interdit aux travailleurs de prendre leur repas”, ni même “Il est interdit d’obliger les travailleurs à prendre leur repas dans les locaux affectés au travail” (ce qui aurait eu un peu plus de sens, à la rigueur), mais bien “Il est interdit de laisser les travailleurs”, ce qui sous-entend que ce n’est pas le salarié que l’on veut contraindre — alors que c’est bien le cas —, mais le patron, qui pourrait être tenté, non pas de forcer ses salariés à déjeuner sur place, mais, vile créature, de simplement les laisser le faire. Vous imaginez ? Quelle perversité !
A-t-on voulu forcer les “travailleurs” (Arlette inside) à prendre l’air à l’heure de la pause déjeuner, pour les délester malgré eux du fardeau que constitue certainement leur emploi ? Empêcher le méchant patron de contraindre les gentils ouvriers à avaler un merguez-frites devant leur plan de travail plutôt que d’aller se faire une bavette dans l’Hippopotamus du coin ? Ou l’objectif est-il d’augmenter les recettes des restaurants le midi, cette mesure servant de contrepoint imaginatif si ce n’est efficace à la baisse de la TVA sur la restauration ? D’alléger la tâche des personnels de nettoyage en entreprise, qui devront cependant veiller à ne pas, eux non plus, casser la croûte au bureau qu’ils nettoient ?
Vous avez une idée ? (Promis, vous ne serez pas classifiés à droite si vous répondez.)