Déjà, une histoire de la crise
Publié : 4 mars 2009 Filed under: Non classé Laisser un commentaire »Elle est écrite par Pierre Bilger, dans un très bon article qui retrace avec beaucoup de recul, même si je ne suis pas d’accord avec tout ce qui y est écrit, les différentes étapes qui ont conduit à la situation actuelle, mettant bien en perspective les aspects spécifiques à la France et les grands mouvements d’ordre global.
Difficile, toutefois, d’être d’accord avec toutes les thèses de l’auteur. Il est par exemple discutable d’affirmer que c’est la décision de ne pas secourir, en septembre 2008, Lehman Brothers qui a fait éclater la crise — surtout après avoir expliqué que celle-ci couvait depuis un bon moment sans que personne ne s’en inquiète, à part les banquiers et quelques technocrates :
L’erreur majeure de politique économique du Secrétaire d’État américain au Trésor, Henry Paulson, inspiré par une idéologie libérale dont il ne s’aperçoit pas qu’elle ne répond pas à la situation, qui décide d’abandonner Lehman Brothers à son sort, donne à la crise son caractère définitif et irréversible.
Qui sait ce qui se serait passé si l’État américain avait sauvé Lehman ? La panique n’aurait-elle pas éclaté par ailleurs ? Impossible de le savoir avec certitude. Mais il faut en revanche saluer l’accent mis sur la spécificité de cette crise, une crise de l’information, puisant sa source dans l’emballement de la titrisation favorisé par des taux d’intérêt plancher.
Concernant la situation française, l’auteur note, avec à mon sens plus de clairvoyance :
Face à l’incertitude, les entreprises se laissent volontiers bercer et anesthésier par les idées reçues, distillées par les autorités politiques : le marché immobilier français ne fonctionne pas en France comme aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne et n’est donc pas de nature à connaître les mêmes pathologies, la croissance, grâce à l’excellence de la politique gouvernementale, résiste mieux qu’ailleurs, la France, grâce à ses réformes, est plus protégée que d’autres, le système bancaire français, mieux géré, est moins menacé que ceux de beaucoup d’autres pays, l’Etat français, grâce à sa tradition colbertiste, est mieux équipé que d’autres pour corriger les excès du libéralisme.
Et de conclure par une sentence dont on espère qu’elle sera démentie par l’avenir, même si elle sonne assez juste :
Ni par sa taille et son potentiel d’entrainement économique, ni par l’exemplarité de son comportement, ni par sa capacité de proposition, ni par son aptitude à créer la cohésion nécessaire pour agir, la France n’est en position d’aider significativement à la réponse globale que le monde doit apporter aux causes de la crise. Elle ne peut donc compter que sur les autres et en premier lieu sur l’Amérique d’Obama et à un moindre degré l’Allemagne de Merkel pour tracer la voie. En attendant que ces pays prennent les initiatives globales nécessaires, elle ne peut que colmater les brèches, protéger ses entreprises sans tomber dans le protectionnisme et naviguer à la godille en attendant des temps meilleurs.
Bref, c’est à lire.