Sans opposition

Ainsi donc, au terme d’une élection à trois tours, Martine Aubry et Ségolène Royal ne seraient séparées que par les voix de 42 (oui, quarante-deux !) militants au sein du Parti socialiste. 42 voix sur 134 784, ce qui est déjà bien faible pour décider de l’avenir du premier parti d’opposition. Dans ces conditions, et sauf à être en mesure de les étayer, les accusations de tricherie apparaissent tout aussi déplacées que les déclarations triomphalistes : si “Aubry n’a pas gagné”, Royal non plus.

Selon toute vraisemblance, c’est pourtant bien Martine Aubry qui succédera à François Hollande dans quelques jours. Contrairement aux déclarations des Royalistes, cette victoire ne serait pas “volée” : 42 voix, c’est très peu, mais ça suffit.

Mais après le scrutin d’hier soir — et surtout la confusion qui en résulte —, la question n’est plus vraiment de savoir qui doit être nommée première secrétaire du Parti socialiste ; aucune des deux candidates n’aura de toute façon les moyens d’offrir, à travers son parti, une opposition constructive et cohérente à la politique du gouvernement.

Dans ces conditions, la scission du parti, menace implicite dans les propos de Manuel Valls, est-elle probable ? C’est un véritable révélateur pour la personnalité de Ségolène Royal : préfèrera-t-elle se contenter de cette défaite aux allures de victoire pour prendre le parti en 2012, quand ses adversaires, unis contre elle aujourd’hui, seront parvenus à s’entre-tuer ? ou bien fera-t-elle le choix de la témérité l’audace — fonder un parti social-démocrate, passer une alliance avec le Modem, et ainsi tenter d’entériner le long suicide du PS ?

Comme depuis le début de cet épisode, impossible de faire le moindre pronostique. Mis au fond, quelle importance ? Face à un président résistant mal à ses pulsions colbertistes, l’opposition a le choix entre se faire représenter par un parti en lambeaux, ou bien se répartir entre deux formations aussi incapables de s’entendre que de gouverner seules.

On a beaucoup écrit que le véritable vainqueur de cette situation était Nicolas Sarkozy, débarrassé d’un adversaire crédible pour les quelques années à venir. Mais ce vote ne fait que formaliser un rapport de forces préexistant : le Parti socialiste a-t-il attendu novembre 2008 pour laisser le champ libre à l’UMP ?

C’est un paradoxe français : face à une droite plus étatiste que la majorité des gauches européennes, une opposition en complète désagrégation intellectuelle et politique. On n’est pas sorti de l’auberge.



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