1000 mots, 6000 signes, de l’argent et du sexe
Publié : 17 février 2012 Filed under: Non classé Laisser un commentaire »Vous êtes fasciné(e) par les liens sombres et mystérieux qui unissent la finance et le sexe ? Vous vous demandez tout bas, le soir sous votre couette, à la lueur de la bougie (attention à l’accident), à quoi ceux qui manipulent chaque jour votre épargne et la dette des générations futures passent leurs nuits ? Alors mon troisième billet sur Margin Call est pour vous. La preuve :
Ne vous fiez pas à l’image d’Épinal (ni à celle de Shia LaBeouf dans Wall Street 2) : le trader n’est pas un homme à femmes. Typiquement, c’est plutôt un matheux, surtout quand il est français. Son adolescence, il l’a plus souvent passée à garnir son dossier d’inscription en prépa qu’à faire courir ses mains moites le long du corps boutonneux et changeant d’une jeune fille en fleur de pustule. Cette expérience, il a dû en repousser… l’expérience (et merde) au mieux à son arrivée en école de commerce ou, plus souvent, d’ingénieur, à moins qu’il ne soit tombé sur l’une des trois classes préparatoires de France où une relation sexuelle s’est un jour nouée. Résultat : il entre dans la vie active avec un CCF (capital confiance foufoune) proche du néant. Il a 25 ans, un abonnement VIP à YouPorn, et tout à apprendre.
Remettre la machine en marche
Publié : 13 février 2012 Filed under: Non classé 6 Commentaires »Comme les plus observateurs d’entre vous l’auront assurément remarqué, je reprends (très graduellement) du service sur les internets. Vendredi dernier, j’ai signé ma deuxième chronique sur Margin Call, le site d’opinion financière que nous avons lancé voici un peu moins de deux semaines avec les stars de la finance sur Twitter (ne me demandez pas pourquoi ils m’ont demandé de les rejoindre, ça me dépasse à moi aussi).
Dans ce billet, j’essaie modestement d’alerter nos lecteurs — et, il faut bien le dire, LE MONDE (le concept abstrait désignant l’ensemble de la population mondiale, pas le quotidien) — sur le risque de plus en plus sérieux qu’à la crise économique se superpose une crise existentielle de la finance et des marchés. Si, si. Extrait :
Philosophie, le mot est lâché. Mais rassurez-vous : mes connaissances en la matière m’empêchant radicalement d’en explorer le moindre recoin en profondeur, nous nous contenterons d’en caresser l’écume, ce qui vaudra mieux pour tout le monde (ne vous vexez pas, hein, mais bon, vous êtes en train de lire un blog avec une tête de chat aux yeux bleus dessus, ça révèle quelque chose sur vous aussi). La question donc, puisqu’il faut bien qu’il y en ait une, en philosophie, est la suivante : sommes-nous sur le point d’assister à une crise existentielle de la finance internationale ? En d’autres termes, il s’agit de savoir si, déjà dépouillés de visage et de nom par la vindicte socialogue (mon nouveau mot porte-manteau pour désigner le socialisme démagogue), nos amis manieurs de millions ne sont pas également en train de perdre ce carburant de l’âme, ce moteur de la volonté, ce pédalier de l’ambition (ne vous plaignez pas, j’ai failli écrire “pédalo” mais je me suis retenu, de peur de passer pour un mélenchoniste) qu’on appelle motivation ?
Si avec ça vous ne vous précipitez pas sur ce lien, je ne peux plus rien pour vous (sinon vous teaser un peu en annonçant que cette remise en route va bientôt entrer dans sa phase critique).
Écrire avec le pied
Publié : 6 février 2012 Filed under: Non classé Laisser un commentaire »Je n’écris pas qu’avec la main,
Le pied veut sans cesse écrire aussi.
Solide, libre et brave, il veut en être,
Tantôt à travers champs, tantôt sur le papier.
— Nietzsche, “Écrire avec le pied”, prélude au Gai savoir.
Spéciale cace-déci à ceux qui écrivent avec les deux.
J’ai blogué
Publié : 3 février 2012 Filed under: Non classé Laisser un commentaire »Non, ça n’est pas une blague. Et ça se passe ici.
50 sujets pour éviter de parler de la dette
Publié : 16 août 2011 Filed under: Non classé 3 Commentaires »2. L’insécurité galopante (vieux pot, meilleure soupe)
3. L’immigration, non moins galopante (éviter les tabous)
4. Le communautarisme/le multiculturalisme/la binationalité/l’islam (facile)
5. La séparation de l’église et de l’État/la laïcité (un peu pareil mais plus consensuel)
6. La suppression des allocations familiales en cas d’absence scolaire (exemple anglais)
7. DSK (presque trop facile)
8. La réforme de la justice (trop longtemps repoussée)
9. La réforme du droit du travail (idem)
10. La réforme des institutions (prendre les problèmes à la racine)
11. La réforme de tout ce qu’on veut (faire preuve de créativité)
12. La productivité en entreprise (moteur de la croissance)
13. L’égalité hommes-femmes en entreprise (modernité, etc.)
14. Les minimas sociaux (France qui se lève tôt)
15. La lutte contre le terrorisme (vigilance)
16. Les révolutions arabes (échange de poncifs)
17. Les émeutes anglaises (Schadenfreude)
18. Les manifestations en Israël (idem + ultra-libéralisme)
19. La possibilité de déclaration d’un État palestinien (indignation)
20. La guerre en Libye (BHL, voir n. 4)
21. La guerre en Afghanistan (il est temps, etc.)
22. L’état catastrophique de l’armée (service militaire)
23. L’état catastrophique de l’école (avenir du pays)
24. L’état catastrophique du lycée (prévention contre sanction, etc.)
25. L’état catastrophique des universités (compétitivité, voir n. 12)
26. La formation tout au long de la vie (modernité, voir. n. 13)
27. Les dispositifs de lutte contre le chômage (yaka)
28. Les dispositifs de lutte contre l’exclusion (idem, main sur le coeur)
29. Les dispositifs de lutte contre l’illettrisme (pièces jaunes)
30. Le fléau de l’obésité (américanisation, malbouffe, Maginot)
31. Le fléau de l’anorexie (idem)
32. La violence à la télévision (voir n. 24, mais de droite)
33. La violence dans les jeux vidéo (idem)
34. La violence sur Internet (voir n. 15)
35. La très nécessaire régulation d’Internet (idem + n. 16)
36. La très nécessaire régulation des prix du logement (voir n. 27)
37. La très nécessaire régulation de la finance (terrain glissant)
38. La très nécessaire régulation de tout ce qu’on veut (voir n. 11)
39. Le financement de la culture (millions)
40. Le financement de la presse (rotatives + n. 16)
41. Le financement des retraites (comique de répétition)
42. Le financement de tout ce qu’on veut (des sous !)
43. La légalisation des drogues douces (Amsterdam)
44. La lutte contre le traffic de drogue (reportage exclusif)
45. L’interdiction de fumer dans les lieux publics (voir n. 30)
46. Le prix des cigarettes (voir n. 19)
47. Le prix du lait (sensations pures)
48. Le prix du pétrole (experts plateau)
49. La difficile situation économique des agriculteurs (terroir)
50. La politique agricole commune (on peut raconter ce qu’on veut) Voilà, je viens de sauver ce qu’il vous reste d’apéros à prendre cet été. Ne me remerciez pas.
Malthus, quand tu nous tiens
Publié : 9 août 2011 Filed under: Non classé 2 Commentaires »Ceci est un post publié au départ sur Google+, mais que je n’ai pas pu rendre public parce que la publication originale d’Erwann Gaucher ne l’autorisait pas. Je le recopie donc ici pour diffusion un peu plus large.
De mes années d’avocat, je garde le souvenir de discussions récurrentes entre confrères sur le thème : “De toute façon, y’a trop d’avocats en France, on ne peut pas en vivre convenablement”. Michèle Alliot-Marie, paix à sa carrière politique, avait même en son temps proposé d’instaurer un numerus clausus (qui existe déjà un peu) à l’entrée des centres de formation.
On se pose maintenant la même question pour les journalistes et, j’en suis à peu près certain, pour la plupart des professions “à statut” : il y a probablement trop de pharmaciens, trop d’agents immobiliers, trop de dentistes, et peut-être même trop de souffleurs de verre.
J’ai même entendu un taxi parisien me dire qu’il y avait trop de taxis à Paris, et que c’était pour ça qu’on n’en trouvait jamais. (Ne lui parlez pas de New York, ça pourrait l’affoler.)
Je ne saurais dire si tout cela est d’abord le signe d’une société en repli face à l’avenir, ou d’une méconnaissance crasse des principes économiques de base (ceux qui permettent, justement, de vivre en société sans s’entretuer).
Probablement un peu des deux.
Enfin, bref, lisez le billet d’Erwann, il est rafraîchissant.
Le SNJ contre Gilad Shalit
Publié : 1 août 2011 Filed under: Non classé 2 Commentaires »Le blogueur franco-israélien Jonathan-Simon Sellem affirme avoir mis la main sur un document émanant du Syndicat national des journalistes (le SNJ — oui, celui-là même) aux termes duquel le syndicat majoritaire de la presse française appelle RFI à ne plus considérer Gilad Shalit comme un otage du Hamas à Gaza, mais comme un prisonnier de guerre :
On se souvient pourtant que les soutiens de Gilad Shalit en France avaient récemment réussi à convaincre RFI (ainsi que la plupart des grandes télés et radios du pays) d’inclure le soldat dans leurs décomptes quotidiens des otages français détenus à l’étranger.
Quel argument le SNJ avance-t-il pour s’opposer non seulement à l’interprétation majoritaire du droit international, mais également à celle du Quai d’Orsay ? Qu’on en juge :
Si tous les prisonniers de guerre qui ne bénéficient pas des dispositions prévues par les conventions internationales étaient considérés comme des otages, ça ferait du monde…. (Vous avez dit Guantanamo ?). (…)
On se pince : il se trouve, précisément, que les détenus de Guantanamo sont protégés non seulement par la convention de Genève, mais également par l’habeas corpus et le due process américains. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la Cour suprême des États-Unis. Gilad Shalit, lui, n’est protégé par rien du tout. Sa famille ne sait même pas s’il est encore en vie, et la Croix-Rouge n’a jamais pu l’approcher en plus de cinq ans de captivité. Enlevé après plusieurs mois de préparation puis sans cesse évoqué comme monnaie d’échange pour des négociations en trompe l’oeil, il est un otage au sens le plus strict du mot.
Comme l’écrit Jonathan, la reconnaissance par les médias de la qualité d’otage de Gilad Shalit n’aura pas tardé à faire “sortir le loup de sa tanière”. Seule la haine peut expliquer une telle réaction — épidermique, irrationnelle, pas même argumentée.
Si l’information devait se confirmer — Jonathan m’a affirmé détenir des documents irréfutables —, pourra-t-on encore parler d’antisionisme au sujet du SNJ ? ou bien la dernière étape aura-t-elle été franchie ?
À l’attention des candidats à la primaire socialiste
Publié : 29 juillet 2011 Filed under: Non classé 2 Commentaires »
Lettre ouverte à mon ami @Laurent_Joffrin
Publié : 26 juillet 2011 Filed under: Non classé 1 Commentaire »
La haine à l’état brut
Publié : 25 juillet 2011 Filed under: Non classé 5 Commentaires »On n’est pas aidé. Déjà qu’en ce moment j’ai du mal à écrire, si en plus les machines se liguent contre moi…
Enfin, “les machines” : une machine, mon Mac. J’avais écrit, hier soir, un billet d’environ mille mots sur la tragédie norvégienne (l’attentat de samedi, pas la candidature d’Eva Joly), mais mon MacBook Pro l’a littéralement bouffé. D’ailleurs, quelqu’un de chez Apple doit me rappeler cet après-midi pour essayer de comprendre ensemble ce qui s’est passé.
J’étais content de ce billet — le premier depuis deux semaines. Un mouvement de la main sur mon trackpad a suffi à le détruire à jamais. (Si si. Je pense avoir découvert un bug majeur dans la dernière version de Pages, le traitement de textes d’Apple.)
Mais bon, ce sont des choses qui arrivent. Plutôt que de réécrire ou de reproduire mon texte de mémoire, je vais essayer de le synthétiser.
L’objectif, donc, c’était de réagir à la masse de réactions (réagir à des réactions, grande spécialité du blogueur) cherchant à extraire de l’attentat norvégien toute une foule “d’enseignements” qui ont plus à voir avec les névroses et les agendas de chaque commentateur qu’avec la réalité elle-même.
J’en ai même vu, sur Twitter, se féliciter que l’auteur du massacre soit chrétien et de droite plutôt que laïc et de gauche. (Quelques liens sur Google+.) Les cons, comme disait l’autre, ça ose tout.
Évidemment, la connerie ne suffit jamais à expliquer ce genre de phénomène quasi-surnaturel. Pour franchir aussi allègrement le mur du son, il faut y trouver un intérêt puissant. Comprenez, un intérêt qui va bien au-delà de la classique masturbation intellectuelle consistant à prendre la réalité et à la tordre avec nos petits doigts boudinés jusqu’à ce qu’elle épouse parfaitement les contours de nos propres délires personnels — pardon, de nos convictions intimes.
Pour identifier cet intérêt supérieur, il est nécessaire de réaliser qu’il n’existe pas de façon de mourir plus absurde que dans un attentat terroriste. Mourir dans un attentat, c’est mourir parce que vous avez croisé le chemin d’une personne qui est arrivée à la conclusion que pour faire avancer sa cause, il lui faut faire un maximum de victimes. Au moins celui qui meurt écrasé par un piano en pleine rue peut-il s’en prendre aux lois de la physique ; le soldat tombé au combat, au cynisme des gouvernements ; le grand malade, aux limites de la médecine. Mais la victime du terrorisme — et surtout sa famille endeuillée — n’a rien à quoi se raccrocher, sinon à la haine du tueur ou de ce qu’il représente.
C’est d’ailleurs pour cette raison que le terrorisme ne peut être efficacement combattu qu’en ne décollant jamais de la pure analyse factuelle : mode opératoire du ou des terroriste(s), réseau sous-jacent ou pas, éventuelles failles de sécurité, etc. Il est vital de s’en tenir aux faits.
Toutes les pseudo-analyses sur les liens entre pauvreté, fanatisme et violence passent complètement à côté du sujet parce qu’elles ignorent la nature profonde de l’attentat terroriste. La nouvelle d’un attentat comme celui de samedi nous renvoie à la peur la plus profondément ancrée en chaque être humain : pas seulement la peur de la mort, mais la peur d’une mort soudaine, violente et gratuite. Le terrorisme est l’ivresse de cette peur, de cette mort. Il est la haine à l’état brut.
Un tel constat est si dévastateur que chacun le camoufle comme il peut : les comiques font de l’humour, les géopolitologues d’opérette se couvrent de ridicule (une “leçon”, non mais quelle indécence…), les experts expertisent, les moralistes moralisent, et les gratte-papier grattent (la preuve). Le silence est intolérable, parce qu’il nous renvoie à la seule vérité indiscutable de la situation : qu’une centaine d’êtres humains sont morts pour rien, et que cela pourrait nous arriver demain pour la simple et bonne raison que la vie ne tient qu’à ça.
Cela suffit-il à excuser la bêtise des uns et la récupération des autres ? Bien sûr que non. Mais ça offre un début d’explication. Par les temps qui courent, c’est déjà ça.
