
Le pire, c'est que notre bon gouvernement est capable de les écouter... (Source : le Figaro.fr.)
Reste que cette domination des chaînes sur le choix des doublages, sans doute gage de qualité, a aussi nourri un des principaux reproches fait à l'exercice: la censure. «Le doublage a été un filtre censurant majeur du temps de Vichy et surtout sous Franco, rappelle Thierry Le Nouvel. Aujourd'hui, si le distributeur ne force pas les chaînes à reprendre les textes d'origine, elles édulcorent le propos, enlèvent les insultes, les marques, etc.» «Ce sont des "on dit" totalement abusifs et ridicules, contre-attaque Christel Salgues. Certains adaptateurs ressentent une aseptisation... mais elle n'est pas de notre ressort, mais de celui du CSA. Certains détails, par exemple des incitations à l'alcoolisme ou à la torture, ne passent pas chez nous. Il y a donc un ajustement. C'est la loi. Tout comme c'est aussi la loi qui nous demande d'éviter autant que possible les noms de marque dans la voix des personnages.» «Je n'utiliserais pas le mot "censure", mais le mot "impact", contrebalance Marie Bellanger. Le doublage a un impact fort sur les téléspectateurs, un impact direct, alors que le sous-titre résume une idée et passe vite à l'image. Il faut donc choisir la bonne nuance de traduction.»
Extrait d'un papier de Pierre Langlais (ça ne s'invente pas) sur Slate, intitulé
Pourquoi la France double-t-elle tout le monde ?, où l'on apprend également que c'est le régime de Vichy qui, en faisant du doublage une condition sine qua non de l'agrément des films diffusés en France, l'a définitivement installé dans le PAF.
Quelques remarques sur le passage précité :
- L'accusation d'édulcoration du propos est tout sauf abusive ou ridicule. Quiconque a déjà regardé le même film en VF puis en VO a pu le vérifier, même s'agissant de la première comédie romantique venue. Le puritanisme n'est pas toujours là où on l'attend.
- L'excuse du CSA, si elle est certainement fondée, est tout de même un peu facile. Et en outre, il faudrait savoir : soit l'accusation est ridicule, soit les modifications sont imposées par la loi. On ne peut pas dire : "J'ai rien fait, et en plus j'ai pas fait exprès !". Certes, le CSA est l'un des principaux ennemis de la liberté d'expression en France (on y promeut une liberté d'expression "mesurée"), mais l'autocensure est un remède plus dangereux que la maladie.
- La pseudo-nuance entre "censure" et "impact" (outre qu'elle démonte totalement l'argument "CSA" ci-dessus) contient en elle précisément toute l'idéologie de la censure. D'abord, la censure ne dit jamais son nom. Ensuite, elle prétexte toujours d'une volonté de protéger ou de préserver le public contre on ne sait quel danger. C'est même à ces deux traits qu'on la reconnaît.
Deux questions, donc :
1. Un traducteur doit-il se soucier de réduire "l'impact" de l'oeuvre au service de laquelle il travaille ?
2. Aux amateurs de VF : comment vous faites ? ;-)
Marion a vécu exactement la même expérience que moi : elle a vu son nombre de followers exploser du jour au lendemain lorsque Twitter l'a intégrée sur la liste des utilisateurs suggérés pour le public français. Elle approche des 30 000 "abonnés", moi des 25 000. Je souscris totalement à
son observation :
Alors, pourquoi malgré un nombre assez impressionnant de gens qui me suivent, tout ceci n’a strictement pas la moindre importance ?
Tout simplement parce qu’on n’a aucun moyen de savoir si ces utilisateurs sont vraiment actifs, s’ils continuent de tweeter et de savoir s’ils prêtent attention à ce que je dis ou non. Ensuite parce que une immense majorité des replies que j’obtiens de ces nouveaux utilisateurs, ils sont faciles à repérer, sont de bonnes vieilles tentatives de drague façon caramail « slt sa va ? », des replies vides, des trucs totalement à côté, ou bien anti daté du genre une réponse un mois après un tweet.
Bon, je dois avouer recevoir un peu moins de tentatives de drague façon caramail — on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a. Et depuis que la liste des utilisateurs suggérés n'est plus automatiquement ajoutée à chaque nouvel utilisateur, je suis passé de plus de 500 nouveaux followers par jour à une petite centaine maxi, parfois moins.
Mais effectivement, passer de 1 000 à 25 000 followers n'a pratiquement rien changé à ma pratique de Twitter, et je pense que les personnes qui découvrent mon compte sont plus intriguées que réellement "impressionnées" par le chiffre. Enfin, j'espère pour elles :)
C'est vrai que face à l'amoncellement et l'inflation de législations, les lois sont devenues ce qu'étaient les marks de la république de Weimar ou les dollars zimbabwéens : du papier sans importance.
Le hasard fait parfois bien les choses. Ou pas.
Alors que Vogelsong s'amusait hier,
sur Twitter, à comparer Apple à une "entreprise totalitaire", Jérémy Dahan, fondateur de l'éditeur d'applications iPhone SoWhaat, nous apprend aujourd'hui qu'Apple
a retiré sans le moindre préavis ses applications un peu "osées" (mais sans nudité) dans la nuit de jeudi à vendredi. Des applications qui avaient pourtant reçu la bénédiction renouvelée du constructeur.
Jérémy s'inquiète des conséquences pour la survie de son entreprise, et il ne doit pas être le seul : TechCrunch confirme que son cas n'est pas isolé : apparemment, Apple aurait décidé de
faire le ménage parmi les applications "sexy". Une initiative assez incertaine du point de vue de l'image de marque, surtout après l'imbroglio Google Voice.
En outre, alors que l'arrivée imminente de l'iPad pourrait généraliser le modèle de l'AppStore (dans lequel chaque application doit recevoir une autorisation avant publication) au-delà de la plateforme mobile, il est probablement temps de mettre les avantages du système (simplicité, sécurité accrue, maîtrise de l'expérience utilisateur par Apple) en balance avec un inconvénient non négligeable : l'incertitude économique pour les développeurs. Jérémy écrit d'ailleurs : "Du jour au lendemain, c'est tout notre business plan qui est remis en cause..." Un tel modèle est-il viable sur le long terme ?
Vogelsong n'a pas résisté au plaisir de
me renvoyer en pleine figure ma réponse d'hier : qu'une entreprise n'a pas vocation à être démocratique. Et en effet, la publication — et, on le voit, le maintien — de toute application sur l'AppStore ne dépend au final que du bon vouloir de la firme de Cupertino. Une situation vécue par les petits éditeurs comme SoWhaat comme un abus de position de dominante.
Il est évidemment excessif — et un peu hors-sujet — de parler, en l'espèce, de "totalitarisme" de la part d'Apple. Mais il ne fait aucun doute qu'en matière commerciale comme en politique, la tentation de l'arbitraire finit toujours par se retourner contre les puissants.
Avertissement : malgré un titre (presque) accrocheur, ce billet ne traite ni de Bernard-Henri Lévy, ni de Jean-Baptiste Botul. Je sais, vous êtes déçus. Mais maintenant que vous y êtes, autant lire la suite. C'est très rigolo.
Mark Liberman raconte une mésaventure vécue par le professeur de philosophie à Columbia Sidney Morgenbesser :
Morgenbesser sortait d'une station de métro à New York et mit sa pipe à la bouche tout en montant les marches. Un officier de police lui indiqua qu'il était interdit de fumer dans le métro. Morgenbesser lui fit remarquer qu'il était en train de sortir du métro, pas d'y entrer, et qu'il n'avait de toute façon pas encore allumé sa pipe. Le policier répéta son injonction. Morgenbesser répéta son observation. Après quelques échanges de ce genre, le policier vit qu'il était battu et se reposa sur le plus vieil argument de l'autorité ébranlée : "Si je vous laisse faire, je vais devoir laisser tout le monde le faire." À quoi le vieux professeur répondit : "Vous vous prenez pour qui ? Kant ?" Le mot "Kant" fut confondu avec un épithète grossier et Morgenbesser dût s'en expliquer au commissariat.
(Source : The Volokh Conspiracy.)
L'Hérétique m'a demandé pour quelle liste je comptais voter à l'occasion des élections régionales du mois prochain. S'il m'a fallu une bonne semaine de réflexion avant de répondre, c'est pour deux raisons principales. (EDIT 16/02/10 : Mathieu aussi m'avait tagué dans cette chaîne, mais je n'ai pas vu passer son billet. Toutes mes excuses !)
Premièrement, indiquer pour qui on vote à une élection par listes, ce n'est pas la même chose que pour la présidentielle, par exemple. Dans ce dernier cas, on se prononce certes pour un programme, mais aussi (surtout ?) pour — voire contre — une vision, un tempérament, un style : bref, une personnalité.
Par contraste, voter pour une liste revient à voter pour un parti. Et voter pour un parti, quoi qu'on en dise, c'est faire, au moins ponctuellement, acte d'allégeance. J'ai horreur de ça. Attention, comprenons-nous bien : je n'ai pas horreur des partis en soi, au contraire. J'estime leur existence indispensable et leur bon fonctionnement vital à la vie démocratique. Mais dans une élection comme celle qui arrive, les états-majors ont constitué leurs listes parfois dans les conditions
que l'on sait, et le scrutin proportionnel fait que passés les premiers noms, l'électeur ne sait pas vraiment
qui il désigne pour le représenter. Il fait donc confiance, bon gré, mal gré, à la cuisine du parti de son choix.
Moi, j'aime savoir exactement pour qui je vote. Je fais comme tout le monde : je vote pour une tête de liste. Ben oui. Soyons honnête : liste ou pas, une élection repose toujours sur la capacité d'une tête d'affiche à mobiliser des gens autour d'un projet, d'une image... bref, d'un nom.
Ce qui nous amène à la seconde source de mes difficultés : le choix lui-même. J'habite à Marseille, et je vais donc voter dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Et dans cette région, après élimination des extrémistes de tout bord,
qui reste-t-il ?
Le président de région sortant, Michelle Vauzelle (PS), représente à peu près tout ce qui plombe, à mon avis, l'avenir et la ligne politique de la gauche française : non à la constitution européenne, engagement de longue date auprès de l'association altermondialiste ATTAC, et bien sûr cumul des mandats et des
privilèges. Pas franchement encourageant.
Côté UMP, le député Thierry Mariani (cumulard également, donc)
considère le PACS comme un outil de régularisation des sans-papiers, et s'est fait une spécialité du dépôt d'amendements inconstitutionnels aux projets de loi sur l'immigration. Tests ADN pour le regroupement familial, atteintes au droit d'asile, délit de solidarité... À côté de Mariani, Besson passerait presque pour un modéré.
Pour qui voter alors ? Certainement pas pour Europe écologie : je n'aime ni les mono-maniaques ni les ex-gauchistes peints en vert. Et malgré mon respect pour les prises de position de Nicolas Dupont-Aignan sur les lois HADOPI et LOPPSI, je ne peux me résoudre à voter pour un parti souverainiste.
Je vous pose donc la question : dans ces conditions, vaut-il mieux voter blanc ou par défaut ?
Je me souviens d'une époque où les éditos du Monde parvenaient à marier la concision du propos avec la clarté des idées et la force d'une prise de position parfois audacieuse. Cette époque est révolue.
J'ai déjà eu l'occasion d'expliquer en quoi je considère que la crise économique actuelle doit avant tout être considérée comme une
crise de l'information — et plus précisément de l'information financière.
Nous avons incarné notre rationalité dans nos machines et leur avons délégué nombre de nos choix et de ce fait nous avons créé un monde au-delà de notre propre compréhension. Ce siècle commence avec une note d’incertitude. Nous nous apprêtons à vivre une crise financière causée par la mauvaise conception informatique des risques de notre système bancaire, nous débattons du changement climatique autour de ce que les ordinateurs prédisent des données. Nous avons lié nos destinées, pas seulement entre nous tout autour du monde, mais à nos technologies. Si le thème des Lumières était l’indépendance, notre propre thème est l’interdépendance. Nous sommes maintenant tous reliés, les humains et les machines. Bienvenue à l’aube de l’intrication.
Ce passage montre parfaitement le lien entre les différentes lames de fond qui contribuent à la transformation du monde tel que nous le connaissons — ce que Tom Friedman appelle
'l'aplanissement du monde".
Dans un monde aux interconnexions aussi nombreuses et complexes, il n'est pas de question plus importante que celle de la sauvegarde, en contrepoids, des libertés individuelles.