En séance
Publié : 21 mai 2013 Classé dans : Non classé Poster un commentaire »- Bonjour, Docteur.
- Bonjour. Asseyez-vous, je vous en prie.
- Merci.
- Alors, dites-moi, qu’est-ce qui vous arrive, cette semaine ?
- Eh bien, c’est comme je vous ai dit au téléphone, Docteur. J’arrive pas à réécrire.
- Excusez-moi, mais on s’en fout un peu. Ça ne sert à rien de réécrire. Ce qui est écrit n’est ni à écrire ni à réécrire.
- Pardon, Docteur. Je me suis mal exprimé. (Quoi que…) Je voulais dire : je n’arrive pas à me remettre à écrire. Vous comprenez ? J’avais un blog, dans le temps, et j’avais quelques lecteurs. J’ai même été reconnu dans des lieux publics deux ou trois fois. Mais là ça fait plus d’un an que rien, niet, zip.
- En quoi ça vous pose problème ? Vous m’avez l’air tout-à-fait équilibré comme garçon.
- Vraiment ? Vous trouvez ?
- Euh, enfin, en comparaison avec les quatre de ce matin à la clinique, je veux dire. Mais bon. Alors ? Pourquoi ça vous gêne, de ne plus écrire ?
- Mais parce que c’est terriblement agréable, d’écrire et de publier ce qu’on pense ! On se sent quand même un peu moins con, même quand on écrit des conneries ! C’est la magie de l’écriture !
- Moui… Je vois… Concrètement, qu’est-ce qui vous empêche de recommencer à écrire vos conneries, alors ?
- Ben je ne sais pas. J’espérais un peu que vous m’aideriez à le savoir, pour être honnête. Pourtant je fais pas souvent confiance aux médecins.
- Et vous avez bien raison.
- Je ne vous le fais pas dire. En fait, c’est comme si mon processus d’écriture s’était scindé en deux : soit j’ai une super idée de papier, et c’est jamais le bon moment de la développer ; soit j’ai une soudaine envie d’écrire et un moment de paix devant moi, et là je n’ai strictement rien à raconter.
- Moui…
- Vous trouvez pas que ça ressemble un peu à ces couples qui se plaignent de l’extinction de leur vie sexuelle ? Vous savez, ces gens qui ne font plus l’amour parce qu’ils n’ont plus jamais envie en même temps ?
- Non, ça n’a absolument rien à voir.
- Mais si, enfin. Mon goût d’écrire c’est le monsieur, et mon inspiration c’est la dame. Et depuis le temps qu’ils font chambre à part, ils sont tout rouillés.
- Vous écriviez sur quoi, au juste ? Parce que j’ai du mal à visualiser, là…
- Sur la politique, l’économie, la finance, tout ça.
- Ah bon.
- Oui oui. J’étais pas mauvais. Un peu trop sérieux, mais pas mauvais. D’ailleurs, quand les rapports ont commencé à sérieusement s’espacer, j’ai essayé de me mettre à l’humour, histoire d’épicer un peu la relation. Ça a fonctionné un moment, mais le soufflé est vite retombé.
- C’est souvent le cas quand on refuse d’identifier les causes profondes du malaise. C’est bien de prendre du plaisir, mais il faut retrouver une direction commune.
- Comment on fait, pour retrouver une direction commune ?
- Parfois, il suffit de se demander pourquoi on s’est mis ensemble au début. Ce qu’on a aimé chez l’autre. De revenir aux sources !
- Intéressant. Donc il faudrait que je retrouve la raison pour laquelle j’ai commencé à bloguer il y a sept ans ?
- Moui… Vous aviez commencé pourquoi ?
- À l’époque j’habitais à New York, et j’avais été sidéré de voir que personne en France ne parlait du Darfour alors que George Clooney faisait le tour des talk-shows américains pour raconter le génocide. Alors j’ai écrit un billet là-dessus, et du coup j’ai ouvert un blog pour le publier. Après, j’ai un peu écrit pour des think tanks, et quand je suis rentré en France j’ai rencontré plein de gens grâce aux blogs. Donc ça m’a encouragé à continuer. Je crois que c’est pour ça que j’écrivais, à l’époque, finalement : pour le plaisir de rencontrer des gens avec qui j’étais pas d’accord. Je crois que j’ai fini par perdre ce goût un peu pervers… Parce que c’est un peu pervers, vous trouvez pas ?
- Moui… 9, 2, 5, 4… Dites, vous vous y connaissez en Sudoku ?
- C’est peut-être pour ça que je n’y arrive plus : je me concentre sur moi-même au lieu de rechercher le plaisir de la conversation. Pardon ? Non, j’ai horreur des jeux de chiffres. Quel est le rapport ?
- Ah, zut. Tant pis. Bon, la séance est terminée. À la semaine prochaine. Et n’oubliez pas le chèque, hein.
Mon premier billet en presque un an…
Publié : 30 avril 2013 Classé dans : Non classé Poster un commentaire »… Ne mérite peut-être pas ce qualificatif. C’est plus une vision ; une prémonition, même.
Enfin, bref. C’est sur Margin Call.
François Hollande en Mel Gibson et les marchés financiers en Helen Hunt
Publié : 12 mai 2012 Classé dans : Non classé Poster un commentaire »Bon. Je sais bien que je m’étais plus ou moins engagé ici et ailleurs à recommencer à écrire (si on peut appeler ça écrire), et qu’un billet en à peine moins de trois mois, c’est un peu maigre. Que voulez-vous ? C’est comme ça.
J’ai essayé de me rattraper en vous offrant la comparaison la plus vaseuse de l’histoire de la blogosphère politico-économique française :
Qui parmi vous, chers lecteurs, se souvient du chef d’oeuvre cinématographique de l’an 2000 sobrement intitulé « Ce que veulent les femmes » ? Un certain nombre j’espère. Mais je vais tout de même vous en rappeler l’essentiel de la trame, histoire de mettre tout le monde up to speed. Dans « Ce que veulent les femmes », donc, un gros papa de la pub sûr de son fait, de ses idées et de son infinie capacité à les imposer au monde voit sa vie changer du tout au tout lorsque, désigné par une pimbêche de tout premier ordre pour concevoir une campagne de pub à destination de la gent féminine, il se retrouve du jour au lendemain capable d’entendre dans son propre cerveau les pensées qui naissent et qui meurent, c’est écrit sans sexisme, dans celui de chaque être de sexe féminin qui croise son chemin (vous avez vu : j’ai gardé mon goût si particulier pour les phrases à rallonge).
Je passe sur l’exceptionnelle performance dramatique offerte par Mel Gibson (acteur de talent injustement écarté de son art par les perfides sionistes d’Hollywood) et Helen Hunt (qui aurait pu devenir Meg Ryan à la place de Meg Rayan si elle avait eu la coupe de cheveux et la plastique discrètement avantageuse de Meg Rayan) : qui ne voit pas dans le rapide synopsis dressé au paragraphe précédent une allégorie presque prémonitoire de la situation à laquelle doit faire face le nouveau président de la république ?
La suite sur Margin Call. Voilà.
1000 mots, 6000 signes, de l’argent et du sexe
Publié : 17 février 2012 Classé dans : Non classé Poster un commentaire »Vous êtes fasciné(e) par les liens sombres et mystérieux qui unissent la finance et le sexe ? Vous vous demandez tout bas, le soir sous votre couette, à la lueur de la bougie (attention à l’accident), à quoi ceux qui manipulent chaque jour votre épargne et la dette des générations futures passent leurs nuits ? Alors mon troisième billet sur Margin Call est pour vous. La preuve :
Ne vous fiez pas à l’image d’Épinal (ni à celle de Shia LaBeouf dans Wall Street 2) : le trader n’est pas un homme à femmes. Typiquement, c’est plutôt un matheux, surtout quand il est français. Son adolescence, il l’a plus souvent passée à garnir son dossier d’inscription en prépa qu’à faire courir ses mains moites le long du corps boutonneux et changeant d’une jeune fille en fleur de pustule. Cette expérience, il a dû en repousser… l’expérience (et merde) au mieux à son arrivée en école de commerce ou, plus souvent, d’ingénieur, à moins qu’il ne soit tombé sur l’une des trois classes préparatoires de France où une relation sexuelle s’est un jour nouée. Résultat : il entre dans la vie active avec un CCF (capital confiance foufoune) proche du néant. Il a 25 ans, un abonnement VIP à YouPorn, et tout à apprendre.
Remettre la machine en marche
Publié : 13 février 2012 Classé dans : Non classé 6 Commentaires »Comme les plus observateurs d’entre vous l’auront assurément remarqué, je reprends (très graduellement) du service sur les internets. Vendredi dernier, j’ai signé ma deuxième chronique sur Margin Call, le site d’opinion financière que nous avons lancé voici un peu moins de deux semaines avec les stars de la finance sur Twitter (ne me demandez pas pourquoi ils m’ont demandé de les rejoindre, ça me dépasse à moi aussi).
Dans ce billet, j’essaie modestement d’alerter nos lecteurs — et, il faut bien le dire, LE MONDE (le concept abstrait désignant l’ensemble de la population mondiale, pas le quotidien) — sur le risque de plus en plus sérieux qu’à la crise économique se superpose une crise existentielle de la finance et des marchés. Si, si. Extrait :
Philosophie, le mot est lâché. Mais rassurez-vous : mes connaissances en la matière m’empêchant radicalement d’en explorer le moindre recoin en profondeur, nous nous contenterons d’en caresser l’écume, ce qui vaudra mieux pour tout le monde (ne vous vexez pas, hein, mais bon, vous êtes en train de lire un blog avec une tête de chat aux yeux bleus dessus, ça révèle quelque chose sur vous aussi). La question donc, puisqu’il faut bien qu’il y en ait une, en philosophie, est la suivante : sommes-nous sur le point d’assister à une crise existentielle de la finance internationale ? En d’autres termes, il s’agit de savoir si, déjà dépouillés de visage et de nom par la vindicte socialogue (mon nouveau mot porte-manteau pour désigner le socialisme démagogue), nos amis manieurs de millions ne sont pas également en train de perdre ce carburant de l’âme, ce moteur de la volonté, ce pédalier de l’ambition (ne vous plaignez pas, j’ai failli écrire "pédalo" mais je me suis retenu, de peur de passer pour un mélenchoniste) qu’on appelle motivation ?
Si avec ça vous ne vous précipitez pas sur ce lien, je ne peux plus rien pour vous (sinon vous teaser un peu en annonçant que cette remise en route va bientôt entrer dans sa phase critique).
Écrire avec le pied
Publié : 6 février 2012 Classé dans : Non classé Poster un commentaire »Je n’écris pas qu’avec la main,
Le pied veut sans cesse écrire aussi.
Solide, libre et brave, il veut en être,
Tantôt à travers champs, tantôt sur le papier.
— Nietzsche, "Écrire avec le pied", prélude au Gai savoir.
Spéciale cace-déci à ceux qui écrivent avec les deux.
J’ai blogué
Publié : 3 février 2012 Classé dans : Non classé Poster un commentaire »Non, ça n’est pas une blague. Et ça se passe ici.